Pour profiter de la fraîcheur des arbres : les aider à s’adapter au climat | Un article Pop’Sciences

PPour profiter de la fraîcheur des arbres : les aider à s’adapter au climat | Un article Pop’Sciences

©Pixabay

Faire un câlin aux arbres : cette pratique de la sylvothérapie, en vogue ces dernières années témoigne du bien-être émotionnel que nous procurent les arbres. Leur capacité à rafraîchir le climat de la cité et de moduler celui de notre planète, est un autre service, physique cette fois-ci, qu’ils nous rendent. Pour autant qu’ils puissent rester en vie face au changement climatique. Et c’est à l’Homme de les y accompagner. Explications avec, en guise d’exemple, le déploiement du Plan canopée de la ville de Lyon.

Un article rédigé par Caroline Depecker, journaliste, pour Pop’Sciences – 17 sept. 2020

 

Si effets positifs il y a eu du confinement sur les mentalités, l’un d’entre eux est sans doute le désir réaffirmé de reconnexion des citadins avec la nature. Pour les plus chanceux, un exil en campagne bienheureux. Pour les autres, la recherche, entre les pavés, du moindre petit coin de verdure.

« La question de la nature en ville a beaucoup évolué au cours du temps. Jusqu’aux années 80 où le béton était roi et la ville fonctionnelle, elle n’y avait pas sa place, commente Frédéric Ségur, du service du patrimoine végétal de la Métropole de Lyon. Mais depuis 1990, on redécouvre ses bienfaits sur la santé, autant physique que psychique, des habitants ».

Des effets si probants que l’OMS recommande, en 2016, un verdissement maximum des villes, insistant sur le rôle de la nature quant à la « réduction potentielle de l’exposition à la pollution de l’air, au bruit et à la chaleur excessive ». Et, dans ce registre, l’arbre tient une place importante : celui de régulateur de température.

Lors des coups de chaud estivaux, dans les métropoles, on étouffe. Pas de pause nocturne : les façades absorbent le rayonnement solaire et restituent la chaleur quand on tente de dormir. Les corps s’épuisent. Dans ces îlots de chaleur que constituent les villes, il n’est pas rare d’observer un écart de 2 à 4° C entre le centre urbain et la campagne avoisinante. « Cela peut monter jusqu’à 11 degrés en cas de canicule, comme en août dernier », ajoute Frédéric Ségur. En apportant de l’ombre aux bâtiments, les arbres diminuent la quantité de rayonnement solaire reçue et donc, d’énergie emmagasinée. Leur rôle positif ne s’arrête pas là. Comme l’Homme, lorsqu’il fait chaud, les arbres transpirent. Puisant l’eau du sol par leurs racines, à travers leur feuillage, ils rejettent une grande quantité d’humidité : ce phénomène, appelé évapotranspiration, occasionne un rafraîchissement de l’atmosphère. Un bon moyen de lutter contre les îlots de chaleur.

Une température de l’air abaissée de 1°C

On dénombre plus de trois millions d’arbres sur la métropole lyonnaise. « Qu’ils soient du domaine public ou privé, ceux-ci constituent « une forêt diffuse » dont on évalue la proportion par l’indice de canopée (pourcentage de surface ombragée par les arbres). Celui-ci est de 27 % sur la métropole lyonnaise, commente le responsable paysager, mais présente des disparités géographiques : il varie de 10 à 60 % selon les communes. Sur Lyon, il est de 23 %. Afin d’augmenter cet indice et d’adapter la métropole au réchauffement climatique, en 2017, notre service a initié le Plan canopée. Son objectif est ambitieux : planter 300 000 arbres d’ici 2030 ». Aujourd’hui, les acteurs de ce plan sont, pour la plupart, adhérents de la Charte de l’arbre. Une centaine. Reste encore à associer la population à ce vaste chantier. « Nous sommes en train de définir notre mode de gouvernance, de sorte à ce que chacun puisse s’emparer du projet. Mais nous avons déjà de belles réalisations derrière nous. »

 

©jleone/Lyon PartDieu

Rue Garibaldi à Lyon : sur cette ancienne autoroute urbaine qui vient d’être requalifiée, on a gardé quelques anciens platanes épargnés par le chancre coloré, remplacé les autres par des essences variées. Terminé l’alignement monospécifique de sujets du même âge. On limite ainsi le risque de contagion en cas de maladie. Dans les passages automobiles souterrains, datant des années 1960, ont été installés des réservoirs qui collectent l’eau de pluie. À l’été 2019, on a pu y puiser suffisamment pour simuler une forte averse. Résultat, la température a baissé de près de 1°C !

Un système d’arrosage automatique pour garantir la croissance des arbres

Cet exemple de réussite tient à la résolution d’une question, simple en apparence : comment créer un environnement propice à la croissance des arbres et à leur pérennité ? Outre de soleil, pour croître, le végétal a besoin d’eau en quantité, d’une terre de bonne qualité (riche en nutriments) et de suffisamment de place pour développer son système racinaire.

« Nous ne voyons que la face visible de l’arbre, ses feuilles. Mais, dans le sol, le volume développé par ses racines est tout aussi important,

fait remarquer Marc Saudreau, spécialiste en physiologie végétale au laboratoire de Physique et physiologie intégrative de l’arbre en environnement fluctuant de l’INRAE (Clermont-Ferrand). Grosso modo, si vous voulait faire pousser un arbre de huit mètres de haut, il faut que la fosse qui l’accueille soit de même taille. » Une sacrée contrainte en milieu urbain.

Capteur « pepipiaf » équipant un arbre / ©Thierry Améglio – INRAE

Avec l’équipe « Micro-Environnement et Arbres » du laboratoire, le chercheur étudie le rôle joué par les arbres sur le climat urbain en fonction de leur état physiologique. En ville, l’eau est la ressource qui fait le plus facilement défaut : la prédominance du bitume empêche l’infiltration de l’eau dans le sol, la collecte des eaux pluviales à des fins diverses est un manque à gagner. Alors, pour veiller à ce que les arbres de la rue Garibaldi ne meurent de soif, Marc Saudreau et ses collègues les ont équipés en 2013 de plusieurs capteurs sans fil « pépipiaf » capables de mesurer en continu leurs variations de diamètre et ainsi, indirectement, leur état hydrique. Associés à d’autres instruments de mesure, de température notamment, ces capteurs constituent un système d’arrosage automatique qui se met en route s’il fait chaud et si les arbres ont soif : les pompes couplées aux réservoirs entrent alors en action. Le suivi de croissance des arbres montre que ceux-ci poussent bien.

« Nos capteurs peuvent être dupliqués sur les autres plantations de la ville, explique Marc Saudreau. Mais ils nous permettent avant tout de collecter de précieuses données sur l’adaptation des arbres en milieu urbain : un environnement qui, par rapport aux forêts ou aux vergers, comporte des contraintes supplémentaires, comme la pollution, la pauvreté du sol et le volume de terre disponible pour ses racines. »

Adapter les arbres au changement climatique

Performant, le dispositif de la rue lyonnaise illustre comment les arbres peuvent constituer de précieux alliés contre des îlots de chaleur urbains. Mais, Il serait illusoire de penser qu’à eux seuls, ils résoudront ce problème.

« Les expérimentations menées dans d’autres pays (États-Unis, Australie, Nouvelle Zélande) montrent en effet que leur pouvoir rafraichissant, via le processus d’évapotranspiration, est, tout au plus, de 1,5 °C. »

Faire baisser la température de la ville de 5 °C ? Cela nécessiterait de couvrir d’arbres la quasi-totalité de sa surface ! Et tout ceci, en faisant l’hypothèse que les arbres soient suffisamment matures pour jouer pleinement leur rôle (soit une vingtaine d’années en moyenne) et qu’ils restent en bonne santé alors que climat évolue à vitesse grand V.

Comment choisir les essences à planter ? Les gestionnaires forestiers disposent d’abaques dans lesquels les essences sont classées selon certaines spécificités : résistance à la chaleur, à la sécheresse, aux maladies, capacité de résilience, etc. Afin d’anticiper le changement climatique, qui implique autant une hausse des températures qu’une augmentation de leur variabilité, ainsi qu’une modification importante du régime de précipitations, une stratégie consiste à substituer certaines essences par d’autres, plus adaptées au climat futur et moins consommatrices en eau. De plus, assurer le mélange des essences s’avère un facteur clé : pour un facteur de stress donné, si une espèce dépérit, ce ne sera pas forcément le cas des autres. A Lyon, ce paramètre est pris en compte autant que possible : les gestionnaires paysagers ont à leur disposition un catalogue contenant plus de 300 espèces différentes auxquelles s’ajoutent des variants génétiques quand ils existent.

Gestion forestière proche de la nature versus assistance à l’adaptation

Favoriser une plus grande biodiversité de la forêt pour garantir son bon fonctionnement et les services écosystémiques qu’elle rend (stockage du carbone, filtration de l’eau, protection des sols, ombrage…) est une question bien connue par les ingénieurs forestiers. Cette contrainte va de soi lorsqu’il s’agit de la forêt dite « récréative » – la forêt urbaine en est un bon exemple – et semble faire doucement son chemin, en ce qui concerne les plantations d’arbres destinées à la sylviculture. Alors que la forêt française est passé en « mode survie », du fait des sécheresses à répétition des dernières années, le message des chercheurs de l’INRAE est clair : la sélection des arbres voués aux plantations doit aller au-delà des critères de production basés sur la rapidité de croissance, leur longueur ou la densité de leur bois. Le mélange des espèces (au détriment de la monoculture) et des classes d’âges (sylviculture irrégulière) constitue un levier important pour rendre ces plantations plus résistantes au manque d’eau qui devrait se faire plus criant encore dans le futur.

Creative Commons CC0

L’adaptation des forêts est un sujet toutefois controversé. En effet, la mouvance actuelle est à la « gestion forestière proche de la nature » (close-to-nature forestry) qui préconise une intervention humaine minimale pour favoriser les processus biologiques naturels. Or, la réalité scientifique est tout autre : ne pas adapter les forêts au climat futur représente un pari sur l’avenir. Cela signifie que les forêts devront s’adapter d’elles-mêmes. Pourtant, la vitesse du réchauffement climatique est beaucoup plus rapide que la vitesse d’adaptation des processus biologiques.

Occupant 16,9 millions d’hectares en France métropolitaine, soit 31% du territoire, la forêt française (comprenant la forêt récréative, à visée protectrice et dédiée à la sylviculture, ndlr) gagne du terrain : sa superficie augmente de 100 000 hectares chaque année, soit une progression de 0,6 % par an. Véritable poumon vert, elle capte annuellement 70 millions de tonnes de CO2 dans notre pays, soit 14 % environ de nos émissions en gaz à effet de serre. Pour qu’elle puisse continuer à nous aider à faire face au réchauffement climatique, il semble qu’elle ait plus que jamais besoin de notre aide.

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Animalement vôtre

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Sur scène, une cage, un musicien, une lectrice. À eux trois, ils font imaginer toutes ces bêtes sans qui nous ne serions pas ce que nous sommes. Où l’on volète de l’éléphant au polydesme aplati, du homard au tamagotchi… Ces textes choisis, lus sur la musique de cage créée par François Salès évoquent en finesse et légèreté, poésie et humour grinçant, la complexité de nos rapports aux animaux.

Par la Nième Compagnie
Avec : François Salès, Claire Truche
Dans le cadre de la Fête de la Science

La ville-forêt – Vers une nouvelle culture urbaine

LLa ville-forêt – Vers une nouvelle culture urbaine

Imaginez une ville réconciliée avec le monde végétal, accueillante pour le vivant et s’inspirant du modèle de la forêt …

Une exposition coproduite par l’Agence d’urbanisme de l’aire métropolitaine lyonnaise et la Métropole de Lyon, scénographiée et présentée par le CAUE Rhône Métropole.

Elle propose, en cinq temps, d’initier un parcours à la recherche de cette ville-forêt et de construire ensemble notre cadre de vie de demain :

  • OREES. Où villes et forêts se rencontrent
  • REGARDS. La forêt peut-elle transformer l’urbanité ?
  • SYNERGIES. Les 1001 bienfaits de la ville-forêt.
  • SENTIERS. Comment donner corps à la ville-forêt ?
  • ESPACE LABO pour imaginer ce qu’est la ville-forêt, ensemble, ici et maintenant.

Elle se complète de la présentation de trois installations artistiques :

> Partir, refaire, 2020, Awena Cozannet, sculpture
> La forêt, 2020, Joël Gangloff, peinture
> In a sea of trees, 2017, Laurent Perche, dessin

AA VOS AGENDAS

Lundi 14 septembre à 18h | Inauguration de l’exposition

Samedi 19 et dimanche 20 septembre | Les Journées Européennes du Patrimoine : visites commentées et ateliers enfants Habiter la ville-forêt

Samedi 17 et dimanche 18 octobre | Les Journées Nationales de l’Architecture : visites commentées et ateliers enfants Habiter la ville-forêt

En octobre | Échanges professionnels Végétal, sur la ville, j’écris ton nom et ateliers professionnels

Jeudi 19 novembre | Table ronde Penser la ville comme forêt

En novembre | Remix Canopée

 

Plus d’informations, sur :

CAUE

Le projet ENA : Expérimentations Navettes Autonomes

LLe projet ENA : Expérimentations Navettes Autonomes

Lancé officiellement en 2019 et coordonné par l’Université Gustave Eiffel, le projet ENA « Expérimentations de Navettes Autonomes » s’attache à répondre à la problématique du droit à la mobilité partout et pour tous. 

Ce projet regroupe deux expérimentations de services de navettes autonomes en complémentarité des réseaux de transport urbain existants et une expérimentation pour la desserte de zones rurales peu denses en associant trois territoires à des partenaires académiques et industriels.

Ces vidéos vous permettront de comprendre plus en détails les attentes et les besoins des usagers en termes de mobilité des différents territoires qui accueilleront les expérimentations du projet ENA.

La question de la sécurité au cœur des préoccupations d’ENA

L’émergence de nouveaux modes de transport nous interroge particulièrement sur les questions de sécurité. Un véhicule autonome pourra-t-il suffisamment interagir avec les autres usagers de la route pour s’insérer sans risque dans la circulation ? Quelles sont les précautions prises avant de laisser un véhicule autonome circuler sur route ouverte ?

Avant de lancer les navettes autonomes sur les routes des territoires, des essais grandeur nature seront menés sur Transpolis, plateforme modulable dédiée à la mobilité. Des spécialistes de la sureté de fonctionnement se réunissent afin d’anticiper les scénarios que pourrait rencontrer la navette sur les différents parcours des expérimentations du projet.

Les résultats de ces essais vous apporteront des réponses aux questions d’interactions entre la navette et son environnement, de sécurité et confort des passagers et d’une possible montée en vitesse.

Retrouvez dans le Pop’Sciences MAG de Juin 2018 A quoi rêvent les intelligences artificielles ? un article complet sur Transpolis, un laboratoire de la mobilité urbaine

La réponse au désenclavement d’un territoire ?

La mobilité est une question d’actualité, que nous soyons citoyens de grands centres urbains ou de zones rurales, mais les problématiques ne sont pas les mêmes. Les paradigmes se modifient et l’offre de mobilité doit s’adapter aux besoins de chacun et aux infrastructures disponibles. Sommes-nous prêts, pour autant, à transformer nos modes de transport ?

La Communauté de communes de Cœur de Brenne expérimente, dans le cadre du projet ENA, une solution pour relier cinq communes et faciliter l’accès aux services de ses concitoyens.
Premier site rural à tester des navettes autonomes, suivez « en direct » l’expérimentation et partagez, avec les acteurs du projet, votre ressenti, vos inquiétudes, votre point de vue et vos interrogations.

La solution de demain pour un campus technophile ?

Née dans les années 70, lorsque la voiture individuelle était le symbole de la liberté, la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis souffre aujourd’hui d’une congestion routière quotidienne et ne répond plus aux exigences de la transition écologique. Un nouveau paradigme doit donc émerger pour rééquilibrer les déplacements en développant et promouvant les mobilités de demain.

En tant que première technopole européenne, Sophia Antipolis s’est toujours engagée à voir plus loin en investissant dans l’innovation. Accueillir une nouvelle expérimentation de navettes autonomes semblait donc une évidence. Le projet ENA sera l’outil pour créer le lien entre technologie et citoyens, pour faire se rencontrer le plus en amont possible, attentes et opportunités de chacun.

Décortiquée au quotidien par les acteurs du territoire, de la recherche et de l’industrie, cette expérimentation vous aidera à vous forger votre avis sur les questions de mobilité : comment le véhicule autonome va-t-il changer notre façon de nous déplacer ? Comment va-t-il s’intégrer au réseau de transports publics déjà présent ? Quel rôle jouerons-nous en tant qu’usager ?

Le projet est soutenu dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir (PIA) opéré par l’ADEME et labellisé CARA, le pôle de compétitivité et cluster de la région Auvergne Rhône-Alpes.

Masques de protection et recyclage : compatibles ?

MMasques de protection et recyclage : compatibles ?

Aujourd’hui sur nos nez et demain dans la nature.

Été 2070, sur la plage. Échoué sur le sable : le masque de protection que nous avions jadis porté post-confinement pour aller faire les courses ou nous rendre au bureau. Tel un vieil ami oublié mais sur lequel nous nous étions reposés, il n’a pas changé. Peut-être légèrement noirci par l’air pollué, il affiche des fibres pourtant encore intactes.

Jean-François Gérard / ©Insa Lyon

D’une durée de vie très courte, le masque de protection jetable est une source de déchets considérable. ‘Mal jeté’ ou même parfois abandonné en pleine rue comme un mégot de cigarette, le masque qui nous protège aujourd’hui pourrait nous nuire demain. Est-il possible de le recycler ? Faut-il envisager la conception de masques biodégradables ?

Jean-François Gérard, chercheur au laboratoire Ingénierie des Matériaux Polymères (IMP) et professeur au département Sciences et Génie des Matériaux, fait le point.

Lire l’article

Biodiversité

BBiodiversité

Images de la semaine, la plante du mois, les espèces à ne pas confondre, des dossiers, des liens vers des sites de référence en matière de faune et flore, et biologie… une foule de ressources sur la biodiversité mises à disposition par le Département de Biologie de l’ENS de Lyon.

Ressources Biodiversité

 

Changement climatique et santé environnementale font-ils bon ménage ? | Un article Pop’Sciences

CChangement climatique et santé environnementale font-ils bon ménage ? | Un article Pop’Sciences

L’environnement est l’un des principaux déterminants de la santé des populations : on estime que 24 % des maladies dans le monde et 23 % du nombre total de décès sont attribuables à des facteurs environnementaux. En effet, les milieux qui nous entourent (eau, air, agents physiques, résidus de produits chimiques, qualité des aliments ou des sols, etc.) agissent quotidiennement sur notre santé. Au même titre que santé humaine et santé vétérinaire sont indissociables, la santé environnementale1 est déterminante pour chacune. C’est le concept de One Health.

Mais en quoi le changement climatique a t-il spécifiquement une incidence sur cette santé globale?

Un article rédigé par Nathaly Mermet, Docteur en Neurosciences, journaliste scientifique & médicale, Lyon, pour Pop’Sciences – 29-06-2020

A. Cohas / © CNRS

Parmi les premières choses qui viennent à l’esprit en essayant de répondre à cette question, on pense au recul de l’habitat côtier si les glaciers fondent et les eaux montent. Également à la modification de répartition d’espèces comme des moustiques vecteurs de certains virus, tel le moustique Tigre dont l’extension progresse sous nos latitudes de partout dans le monde2. Ou encore le dégel du permafrost, cette couche de sol gelée qui recouvre 25% des terres émergées de l’hémisphère Nord qui s’avère être une véritable menace pour l’humanité. Outre la libération de gaz à effet de serre (liée à l’accessibilité de la matière organique pour les microorganismes qui la consomment et les relarguent) et de mercure, toxique pour les populations,  la fonte du permafrost libère aussi des glaces, entre autres, des bactéries et des virus anciens. La réactivation de ces derniers peut être dangereuse et même mortelle, à l’instar des carcasses de rennes dégelées en Sibérie qui s’avèrent être à l’origine de contaminations au bacille de charbon3.

Étangs permafrost de dégel sur les tourbières dans la baie d’Hudson, au Canada en 2008. [Source : Steve Jurvetson / Wikimedia Commons ]

A côté de ces conséquences spectaculaires ou exotiques, on pense en revanche moins à des effets plus “ terre à terre “, mais qui nous touchent beaucoup plus directement, comme la pollution de nos habitats. « L’air intérieur est souvent plus contaminé que l’air extérieur » rappelle André Cicolella, chimiste toxicologue, ancien conseiller scientifique à INERIS et Président de Réseau Environnement santé [voir biographie ci-contre], expliquant que l’augmentation de température liée à la crise climatique engendre, notamment, une recrudescence d’émission de phtalates qui se volatilisent des sols en PVC sous l’effet de la chaleur. Or, les sols en PVC représentent 16% de l’habitat individuel et 60% de l’habitat collectif (hôpitaux, crèches, écoles, salles de sport, etc.) et sont composés pour 20 à 40% de phtalates qui en sont ainsi le premier constituant toxique ! « Les études épidémiologiques montrent un lien fort entre une exposition aux phtalates en début de grossesse et l’asthme de contact chez l’enfant » rapporte A. Cicolella, citant aussi que le taux d’asthme a doublé en 20 ans avec un lien établi entre l’asthme de l’enfant et sol en PVC de la chambre des parents, indiquant la contamination des parents. En effet, les phtalates sous forme solide dans les PVC, une fois volatilisés sous l’effet de la chaleur, se condensent ensuite en poussières qui se dispersent dans tout l’habitat.

D’ailleurs  « les perturbateurs endocriniens, issus pour la plupart de composés chimiques et dont le relargage est boosté par l’augmentation de température, sont très sous-estimés autant dans les maladies respiratoires que dans les maladies métaboliques, l’obésité, les cancers hormone-dépendants, les troubles du comportement et les troubles de la reproduction » indique A. Cicolella.

Qu’entend-t-on par santé environnementale ?

Selon la définition officielle de l’OMS (Conférence d’Helsinki, 1994) « La santé environnementale comprend les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Encore plus largement “elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d’affecter la santé des générations actuelles et futures ».

Plus simplement, la santé environnementale est la prise en compte de l’impact des polluants (au sens large) sur la santé, qu’ils soient locaux ou globaux. Par exemple, la considération de la qualité de l’air intègre tant l’aspect de l’air intérieur que l’aspect atmosphérique planétaire avec les conséquences du réchauffement climatique.

Quel impact du changement climatique sur la santé environnementale ?

E-NOR-ME ! Parmi les conséquences attendues dont les chercheurs sont désormais certains4 : la hausse du nombre de cas annuels de décès ou d’hospitalisations causés par des coups de chaleur (sans même parler de canicules), aussi bien dans les pays riches que pauvres; l’extension géographique des maladies infectieuses vectorielles (ou de leurs vecteurs, comme par exemple avec le paludisme d’altitude) ; l’augmentation des épidémies de choléra sur les régions côtières en lien avec El Niño ; la hausse du prix des denrées alimentaires aboutissant à des privations dans les foyers précaires, etc. D’après Emmanuel Drouet, Dr en Pharmacie, Pr à l’Université Grenoble-Alpes et Enseignant-Chercheur à l’Institut de Biologie Structurale [voir biographie ci-contre] « les changements climatiques généreront entre 2030 et 2050 près de 300 000 décès supplémentaires par an, en accroissant la malnutrition et la sous-alimentation des enfants, les maladies transmises par des insectes, les diarrhées et les stress liés à la chaleur ».

Dans l’Encyclopédie de l’Environnement, il explique qu’aux influences des changements climatiques sur la santé, multiples et liées, s’ajoutent aussi les migrations de populations fuyant des modifications profondes de leur cadre de vie (diminution des rendements agricoles, inondations, etc.). « Près de 250 millions de « réfugiés climatiques » sont attendus à l’horizon 2050  » déclare-t-il.

Nombreuses sont aussi les espèces animales pour lesquelles la survie et la reproduction des individus sont affectées par les changements climatiques, avec de fait des conséquences directes sur la dynamique des populations. D’où l’intérêt de comprendre les mécanismes physiologiques et comportementaux à l’échelle individuelle afin d’expliquer les changements observés au niveau des populations [ENCART].

Projet Marmottes – A. Cohas / © CNRS

C’est notamment l’objet des recherches menées au sein du Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE), où l’on étudie à la fois les interactions Homme-Nature en lien avec épidémies et les adaptations de différentes espèces, parmi lesquelles les marmottes en montagne. « Il s’agit d’une espèce hyper-spécialisée dans sa niche et qui n’aime pas beaucoup le changement » résume Aurélie Cohas [voir biographie ci-contre], dont le travail de recherche porte sur le comportement des marmottes alpines entre 1400 (Lautaret) et 2600 mètres (col du Galibier) d’altitude. « La marmotte se nourrit de plantes dicotylédones largement répandues, donc n’est pas trop affectée par l’adaptation des espèces végétales aux changements climatiques » précise-t-elle, mais ceux-ci ont de multiples répercussions sur la distribution, l’effectif et les performances de nombreuses populations animales.

Alors que plusieurs études réalisées chez les oiseaux ont mis en évidence des changements adaptatifs, souvent à travers une plus grande précocité des périodes de reproduction, les exemples sont plus rares chez les mammifères. D’où l’intérêt de comprendre quels facteurs climatiques affectent la vie d’espèces comme la marmotte alpine afin de prédire le devenir de certaines populations animales.

Une crise écologique aux multiples facettes

Selon André Cicolella « la crise climatique, sanitaire, de la biodiversité et l’épuisement des ressources sont les 4 volets de la crise écologique, tous étant des conséquences de l’activité humaine ». Ce qui semble “évident” c’est que le changement climatique aura des répercussions très négatives sur la santé et que les effets du changement global les accentueront. « La population humaine est confrontée à une épidémie mondiale de maladies chroniques qui fait le lit de nombreuses autres pathologies » expliquait-t-il déjà en 2013 dans son livre Toxique planète, Le scandale invisible des maladies chroniques. Les chiffres sont éloquents : deux fois plus de morts qu’il y a 15 ans sont liés à l’environnement, les maladies cardiovasculaires en France ont été multipliées par un facteur de 2,7 dans le même temps, faisant passer le nombre de nouveaux cas de 197 000 à 532 000 au niveau national, et, en Auvergne-Rhône-Alpes, de 22 400 à 62 100 dont l’insuffisance cardiaque progressant d’un facteur 3,5 (de 7200 à 25 100). Le diabète a doublé pendant cette période.

Les effets climatiques sur les maladies infectieuses sont certes plus complexes à évaluer que, par exemple, l’impact de la canicule de l’été 2003 sur l’excès de mortalité en Europe (pour mémoire 70 000 décès sur le seul mois d’août), mais les entomologistes s’accordent à dire que l’élargissement des zones chaudes et humides à la surface du globe décuplerait les populations d’insectes vecteurs de virus4. « Il y a une interaction de multiples facteurs, mais schématiquement le réchauffement climatique “remonte” des maladies infectieuses de zones tropicales vers les zones tempérées » souligne A. Cicolella, reprenant le cas du moustique tigre dont l’extension symbolise le bouleversement des écosystèmes et le fait que tel ou tel vecteur disparaissant, de nouvelles espèces réservoir sont recherchées.

Implantation du moustique Tigre en France métropolitaine / Source : portail information Moustique tigre

« La progression des épidémies infectieuses, comme par exemple la maladie de Lyme véhiculée par certains tiques, rappelle l’enjeu de la déforestation qui accélère le phénomène » alerte-t-il. Selon lui, les virus vont être de plus en plus nocifs, à l’instar du SARS-Cov-2 qui déclenche une tempête inflammatoire, particulièrement délétère quand elle “frappe” sur un terrain fragilisé par une maladie chronique. Notons en effet que si les personnes souffrant d’obésité représentent 15% de la population adulte en France, leur proportion est de 25% en hospitalisation et 35% en réanimation dans le contexte de la Covid-19. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. « Il faut vraiment prendre conscience de l’épidémie mondiale de maladies chroniques » appelle-t-il de ses vœux, notant que les crises ont “l’avantage” de mettre en exergue les dangers, mais aussi les opportunités.

Ainsi, une épidémie peut en cacher une autre, et l’ampleur de la pandémie Covid-19 s’appuie sur l’épidémie de maladies chroniques. Selon lui, « si on n’intègre pas la santé dans la crise écologique, elle servira de variable d’ajustement, et il faut comprendre que la santé humaine dépend de la santé environnementale » prévient-il.

Côté impact économique, la note est salée aussi : le coût estimé des dommages sur la santé causés directement par les changements climatiques serait de l’ordre de 2 à 4 milliards de dollars par an d’ici 20304. Retenons aussi qu’en travaillant à réduire les expositions environnementales et ses conséquences, la santé environnementale s’inscrit principalement dans le champ de prévention primaire.

 

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          Encart

          Le lien entre santé et environnement à la loupe

Nombreux sont les laboratoires rattachés à l’Université de Lyon à mener des recherches sur différents aspects de la santé environnementale.  Parmi ceux-ci :

  • Le Laboratoire d’Ecologie des Hydrosystèmes Naturels Anthropisés (LEHNA, UMR5023), rattaché à l’Institut d’écologie et environnement (IEE) et qui travaille sur la biodiversité, l’évolution et les adaptations biologiques des éco-systèmes, ce depuis les macromolécules jusqu’aux communautés. Ainsi, les travaux menés concernent autant l’étude de la végétation en zones humides, les espèces “invasives », les contraintes physiques sur les plantes (notamment hydrodynamiques) que l’impact des polluants, la paléoécologie ou encore la conservation de la biodiversité avec, par exemple, l’impact de la pollution lumineuse sur les espèces.
  • Le Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE) où l’on étudie notamment les interactions Homme-Nature en lien avec les épidémies, ainsi que les adaptations de différentes espèces telles que  les marmottes en montagne.
  • Le laboratoire TRIANGLE dont les recherches portent sur l’analyse politique et socio-économique des modèles de sociétés.
  • Le laboratoire Environnement, Ville et Société (EVS) en lien avec l’Ecole urbaine de Lyon qui s’intéresse à l’évolution de notre société et aux enjeux dans un contexte de nouvel urbanisme.

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Notes

(1) On emploie « santé environnementale » au sens de l’impact de l’environnement sur la santé humaine. C’est un peu un abus de langage, un raccourci, car c’est aussi l’impact de l’environnement sur la santé animale et végétale.

(2) Moustique Tigre : portail d’information

(3) Pourquoi la fonte du permafrost est une menace pour l’humanité ?, Le Monde, 5 juin 2018

(4) Changement climatique : quels effets sur notre santé ?, Emmanuel Drouet, Université Grenoble-Alpes,16 fév. 2020

PPour aller plus loin

Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

LLes glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

« Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver  » – Jean-Baptiste Bosson

La décennie passée a été déclarée la plus chaude de l’histoire selon l’OMS. Sous les assauts climatiques, les glaciers fondent inexorablement, certains, disparus, ont même fait l’objet de funérailles. Les géants blancs sont-ils condamnés ?

Auteur d’une récente étude sur les glaciers classés au patrimoine mondial de l’humanité, le glaciologue franco-genevois Jean-Baptiste Bosson dresse un bilan de la situation actuelle et des conséquences pour les populations. Ses propos sont à la fois alarmants et volontaristes : il n’est pas trop tard pour agir. Au citoyen notamment de faire pression pour un changement des politiques climatiques à venir.

Un article rédigé par Caroline Depecker, journaliste, pour Pop’Sciences – 29 juin 2020

 

Août dernier, des glaciologues français ont envisagé d’ici 2100 la disparition complète du glacier d’Argentière ainsi qu’une diminution de 80% de la Mer de Glace, deux glaciers mythiques du massif du Mont-Blanc. Comment qualifier la situation des glaciers à l’échelle de la planète ?

Elle est alarmante ! La fonte des glaciers s’est accélérée partout dans le monde depuis cinquante ans et le dernier rapport du GIEC sur les océans et la cryosphère a enfoncé le clou. On peut rappeler deux valeurs : la banquise arctique a perdu en moyenne, en septembre, 13% de sa surface par décennie depuis 1979 – du jamais vu en 1000 ans – et les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale ou Asie du Nord devraient perdre plus de 80% de leur volume d’ici 2100. Nous l’avons documenté récemment dans une étude menée en collaboration avec Matthias Huss, un confrère de l’École polytechnique fédérale de Zurich : c’est plus de 30% du volume de glace contenu dans les glaciers mondiaux qui est condamné.

En quoi ont consisté vos travaux ?

En tant que glaciologue travaillant dans la protection de la nature, je me suis demandé quelle était la situation des glaciers inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, aucune étude n’existant sur le sujet. Je les ai donc listés : il y en a plus de 19 000 répartis sur 46 sites de l’organisation onusienne. Soit 10% du nombre total de glaciers terrestres que l’humanité s’est engagée à protéger et à transmettre aux générations futures.

Qu’imaginer pour eux à l’avenir ? Pour le savoir, nous avons évalué leur réponse au réchauffement du climat en fonction de plusieurs scénarios, à l’aide du modèle GloGEM (Global glacier evolution model) de Matthias, l’un des plus performants dans ce domaine, et des données climatiques les plus récentes. Les résultats nous ont peu surpris… En adoptant le scénario RCP 2.6 du GIEC, soit l’application de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle globale et ainsi une limite du réchauffement à 2°C d’ici 2100, le volume des glaciers pointés par l’étude diminue de 33%. Comme ce scénario est le plus optimiste, cette perte est inéluctable : il faut nous y préparer ! En considérant le scénario RCP 8.5 qui, de façon pessimiste envisage une trajectoire de nos émissions selon un modèle « business as usual », ce volume avoisine 60%. Pour l’instant, c’est le chemin que nous empruntons. Ces valeurs sont à peu près identiques pour l’ensemble des glaciers mondiaux.

En quoi cette fonte menace-t-elle nos sociétés ?

Les glaciers sont l’une des clés de voûte des écosystèmes terrestres, si elle s’effondre, alors le reste va profondément changer ! Les glaciers représentent une composante majeure du système climatique : ce sont 10% des terres émergées qui renvoient le rayonnement solaire, ils ont un rôle de « réfrigérateur » aussi bien sur terre qu’en mer. Leur fonte contribue donc à accentuer le réchauffement global et à modifier la circulation océanique. Elle mène encore à l’augmentation du niveau marin. En un siècle, celle-ci a été de 23 cm dont 90% associés aux glaciers ainsi qu’aux calottes antarctiques et groenlandaises. Cette hausse a un impact considérable : des îles disparaissent, les traits de côtes sont modifiés. Des déplacements massifs de population sont à prévoir, mais aussi de potentiels conflits liés à l’accès à l’eau.

Vue panoramique du glacier de Bionnassay bientôt protégé par arrêté préfectoral dans le massif du Mont-Blanc. / © J.-B. Bosson

Les ressources en eau devraient diminuer dans un futur proche, même à côté de chez nous…

Le « peak water », c’est-à-dire le moment où un glacier en cours de disparition délivre son débit d’eau maximal, n’a pas été atteint partout. Pour les Alpes, cependant, il a été dépassé dans les années quatre-vingt-dix. Depuis cette date, les flux libérés lors de l’été diminuent lentement, mais d’ici une vingtaine d’années, la chute pourrait-être brutale. Une alerte a déjà été observée dans le bassin lyonnais, en mai 2011 : pour préserver le Léman, alimenté en partie par les glaciers de la haute vallée du Rhône et dont le niveau était trop bas, la Suisse avait décidé de réduire de moitié le débit à la sortie du lac. Des perturbations en cascade s’en sont suivies : Lyon a dû réduire les prélèvements en eau potable dans sa principale nappe phréatique, ailleurs, la centrale du Bugey a dû tourner au ralenti pour préserver ses circuits de refroidissement, la riziculture en Camargue a été touchée par une remontée du « coin salé ». Les problèmes de gestion de la ressource en eau devraient nous toucher de plus en plus cruellement à l’avenir.

Malgré la situation, vous pensez qu’il est encore possible de sauver les glaciers. Par quel moyen ?

Pour sauver les deux tiers des glaciers de notre planète, la seule solution est de limiter le réchauffement global, et donc d’avoir des politiques climatiques plus ambitieuses. Pour ma part, je veux montrer que parmi les sites inscrits au patrimoine de l’Unesco et qui contiennent un ou plusieurs glaciers, certains pourraient se retrouver rapidement sur la liste des sites en péril du fait de leur fonte. Je pense à la zone suisse Jungfrau-Aletsch, au parc national argentin Los Glaciares ou bien à celui de Kluane en Alaska. Le « label Unesco » est un outil de communication touristique important que les états ont grand intérêt à conserver. Utiliser ce levier s’est révélé efficace par le passé. En 2014, alors que l’Union internationale pour la conservation de la nature – UICN – menaçait de déclarer « en danger » la Grande barrière de corail pour cause de son blanchiment, l’Australie a rapidement mis en place toute une série d’actions visant à diminuer les pressions locales (intrants chimiques, ancrages destructifs, transports polluants). Le gouvernement s’est aussi engagé à aller plus loin dans sa politique climatique nationale. Malheureusement, sur ce dernier point, suite à un changement de ce gouvernement, cela n’a pas suivi…

Glacier Perito Moreno, Los_Glaciares, Parc National Argentine/ ©Hiroki Ogawa

Limiter le réchauffement climatique, comment croire à l’action politique ?

Dans nos systèmes politiques, c’est surtout l’exécutif qui détient la clé pour accélérer les politiques climatiques. La signature de l’accord de Paris, en 2015, a été une première étape cruciale : la quasi-totalité des états de la planète a reconnu avoir pris conscience de la gravité de la situation. Cependant, aux prises avec les impératifs économiques de nos sociétés capitalistes, ils ne sont pas, ou très peu, passés à l’action. Je crois cependant au courage politique et au pouvoir régulateur de ce dernier. La crise du Covid en est un bon exemple. Elle nous a montré qu’en cas de danger imminent, celui-ci pouvait reprendre le contrôle sur l’économie pour mettre en place des mesures, certes drastiques, mais acceptées de tous. Avec le réchauffement climatique, nous sommes au bord d’un cataclysme beaucoup plus grave encore… Nous le vivons en temps réel et il ne fera que s’intensifier. La nature va nous imposer politiquement un changement de gouvernance mondiale. Soit nous le préparons dès aujourd’hui, dans l’intelligence et le calme, soit il nous sera imposé de façon violente dans les prochaines décennies, par des crises environnementales, sociales, politiques et économiques sans précédent. La problématique des millions de réfugiés climatiques à venir est un exemple parmi d’autres.

Quels signes vous permettent d’espérer un sursaut dans la transition climatique ?

J’en vois plusieurs. Le premier : la mobilisation de plus en plus importante des citoyens, la jeunesse notamment et ses grèves pour le climat. Inconnue il y a trois ans, Greta Thunberg a été élue, en décembre, personnalité de l’année 2019 par le Time. Puis invitée en janvier dernier au forum économique mondial de Davos avec neuf autres jeunes militants. Chez nos voisins suisses, à travers une « initiative populaire pour les glaciers », une association pour la protection du climat a exigé de son gouvernement de décarboner l’économie et d’inscrire les objectifs de l’accord de Paris dans la constitution du pays. Le texte devrait être voté par referendum citoyen d’ici à 2022. « L’affaire du siècle » a quant à elle récolté chez nous plus de deux millions de signatures en deux mois, un record absolu. Partout, les choses bougent, les citoyens sont prêts à s’emparer du problème, et les élus y sont fortement sensibilisés. C’est le cas de ceux avec qui j’échange lors de mes conférences sur les glaciers et le climat, par exemple. Les dernières campagnes électorales, municipales ou européennes, présentaient les questions environnementales et climatiques comme centrales.

Le glacier de Tré-la-Tête fait l’objet de collecte de données pour des évaluations de son bilan de masse. / © J.-B. Bosson

Aujourd’hui, si l’heure est à la mobilisation pour protéger les glaciers, en quoi les étudier est-il important ?

Bien sûr, nous connaissons déjà énormément de choses sur les glaciers, mais il nous reste encore beaucoup à découvrir. Les modèles qui permettent d’estimer leur évolution en fonction du climat doivent être affinés. La même chose pour la modélisation des flux hydrologiques qui, à l’échelle continentale, permet d’identifier et d’anticiper comment évolue la ressource en eau pour les populations. Seuls cinq cents glaciers sur les 200 000 existants font l’objet d’études actuellement et de bilans de masse sur le terrain, ce qui représente au final très peu de mesures. Même si les satellites ont révolutionné nos pratiques de recherche et facilité certains travaux, on a toujours besoin d’aller sur le terrain, pour observer, récolter des données et voir comment les glaciers réagissent en temps réel. Ils renferment encore de précieux secrets. C’est dans cet état d’esprit d’ailleurs qu’une équipe de glaciologues internationale récolte avec urgence des carottes de glace un peu partout dans le monde pour les enterrer en Antarctique. De sorte à, par ce biais, constituer une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires. Un leg pour les scientifiques et les générations futures.

PPour aller plus loin

 

 

Circuler en vélo en toute sécurité

CCirculer en vélo en toute sécurité

En 2018, le Gouvernement a lancé un « Plan vélo et mobilités actives » avec l’objectif de tripler la part modale du vélo dans la mobilité quotidienne en 2024, pour passer de 3% à 9%. Le Ministère de la transition écologique vient de présenter des préconisations à la sortie du confinement (crise sanitaire COVID19).

Pour accompagner cette démarche et contribuer au confort et à la sécurité des déplacements à vélo, des scientifiques de l’Université Gustave Eiffel ont élaboré, suite à un projet de recherche mené en partenariat avec la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), un recueil de bonnes pratiques.

Découvrez dans l’article FOCUS SUR : les indispensables de la conduite à vélo en ville

Retrouvez d’autres formats scientifiques : Focus sur, multimédias, dossiers thématiques sur :

espace web sciences et societe

Une réalisation du service Diffusion des Savoirs et Ouverture à la Société (DSOS) de l’Université Gustave Eiffel.

Océan. Une plongée dans l’invisible | Pop’Sciences Mag #6

OOcéan. Une plongée dans l’invisible | Pop’Sciences Mag #6

©Pop’Sciences

Les milieux marins, bien qu’ils soient encore peu explorés, subissent de plein fouet les contrecoups des activités humaines. Pollutions plastiques ou industrielles, réchauffement des eaux, fonte des glaces, acidification généralisée des mers… L’hasardeuse gestion des ressources terrestres et océaniques par les humains a mis en péril l’équilibre de l’océan, pilier du vivant.

Malgré cela, une lueur d’espoir s’est ravivée pendant la longue période de confinement que nos sociétés ont traversé entre mars et mai 2020. Le volume et l’intensité de nos activités a baissé de telle sorte que le vivant a rapidement repris ses marques là où on ne l’attendait plus.

À Venise, en Méditerranée et sur une majeure partie de nos littoraux nous avons constaté – stupéfaits et rassurés – que le reste du monde vivant était doué d’une capacité de résilience plus importante que nous l’escomptions.

Du constat à l’action, la marche est grande et ce nouveau numéro de Pop’Sciences Mag contribue à rappeler que les milieux marins sont essentiels à notre subsistance. Partons du principe que (mieux) connaître les océans, c’est déjà (mieux) les protéger. De nombreuses équipes de recherche de l’Université de Lyon, bien que ni la ville de Lyon ni Saint-Etienne n’aient de façade maritime, étudient de nombreux phénomènes sous-marins : mécanique des fluides, chimie des océans, acoustique, microbiologie, géologie, archéologie sous-marine, droit international … Autant de disciplines à l’affut de phénomènes parfois imperceptibles, mais primordiaux pour la compréhension et la préservation des fonds marins.

La part invisible de l’océan

Dans le creux des courants, à la surface et dans les profondeurs des mers, se cachent des sons, une faune, des édifices, des microparticules et des phénomènes chimiques presque insaisissables. C’est à cette part invisible et mystérieuse que l’Université de Lyon via Pop’Sciences Mag s’intéresse. Une exploration de l’univers océanique en saisissant son rôle crucial dans la régulation du climat, en traversant les frontières invisibles qui le morcelle, en observant les surprenants phénomènes de bioluminescence qui se produisent dans les abysses, en écoutant les complexes paysages sonores qui s’y dessinent et en partant à la recherche des ports perdus de l’Antiquité.

Allez au-delà de ce que vous pensez connaître de l’océan en étudiant ce qu’il nous cache le plus. Car, c’est dans l’imperceptible et l’inexploré des milieux marins que se dissimulent les raisons de croire à leur préservation.

Plongez dans l’invisible !

Stéphane Martinot

Administrateur provisoire de la COMUE Université de Lyon

COMMENCER LA LECTURE

 

Avec la participation des laboratoires de l’Université de Lyon suivants :

  • La Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux (CNRS, Université Lumière Lyon 2, Université Claude Bernard Lyon 1, Université Jean Moulin Lyon 3, Université Jean Monnet Saint-Étienne, ENS de Lyon, Aix Marseille Université)
  • L’Institut de recherches sur la catalyse et l’environnement de Lyon (CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1)
  • Le Laboratoire d’Ecologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés (CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1, ENTPE)
  • Le Laboratoire de mécanique des fluides et d’acoustique (CNRS, École Centrale de Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1, INSA Lyon)
  • L’Institut de Physique des 2 Infinis de Lyon (CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1)
  • Le Laboratoire de Géologie de Lyon Terre-Planète-Environnement (CNRS, ENS de Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1)
  • Le Centre de droit international (Université Jean Moulin Lyon 3).