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Pop'Sciences - Université de Lyon

DDes essais cliniques vaccinaux toujours d’actualité pour la Covid-19, à Lyon et ailleurs

Manipulation d'échantillons au laboratoire P3 de St-Etienne © S.Paul / UJM

Article #8 du dossier Pop’Sciences « De la variole à la Covid, les vaccins… »

Au-delà des enseignements de la pharmacovigilance, les connaissances scientifiques sur les vaccins contre le coronavirus progressent à travers l’initiative Covireivac, à laquelle participent le CHU de Saint-Etienne et les Hospices civils de Lyon.
Ce projet
a été lancé en octobre 2020. Il contribue à la mise en œuvre d’essais cliniques pour les vaccins Covid toujours en cours de développement : une centaine, dont ceux de Sanofi-Pasteur.

Un article de Caroline Depecker, journaliste scientifique
pour Pop’Sciences – 13 juillet 2021

« L’année dernière, en examinant les dossiers des 4 vaccins utilisés en France contre la Covid-19, nous avons vite constaté que leurs données (celles relatives à l’efficacité entre autres) étaient difficilement comparables, les essais cliniques ayant été réalisés dans des conditions différentes, se souvient Stéphane Paul, professeur en immunologie au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Etienne et membre du comité vaccins Covid-19. De plus, les données d’immunologie (production des anticorps, immunité innée, mémoire immunitaire …) étaient parcellaires ».

Ainsi, pour éclairer la stratégie vaccinale française, la première mission confiée à Covireivac a été d’étudier finement et de comparer la capacité des vaccins à produire une réponse immunitaire, et ce, à long terme.

95 candidats-vaccins afin de lutter contre la pandémie

Pilotée par l’Inserm, la plateforme Covireivac coordonne les travaux de 32 centres hospitaliers universitaires et de 11 laboratoires d’immunologie chargés de suivre, depuis février 2021, des essais cliniques vaccinaux.

50 000 Français se sont portés volontaires pour y participer : un projet sans précédent dans notre pays. Les participants sont tous vaccinés et suivis pendant deux ans. Les résultats permettront de décider de la nécessité, ou pas, de réaliser à l’avenir des rappels de vaccin en fonction de l’âge et/ou du statut immunitaire.

« Ils permettront aussi d’assurer une meilleure surveillance des vaccins, en identifiant des problématiques spécifiques comme, par exemple, l’apparition de processus inflammatoires chroniques », note Stéphane Paul.  

Doses de vaccin en attente d’essais cliniques. / ©Mat Napo sur Unsplash

La seconde mission de Covireivac est de contribuer à l’effort international visant à produire de nouveaux vaccins contre la covid-19. Car il existe encore 95 candidats vaccins en cours de développement à l’échelle mondiale, dont une trentaine sont engagés dans la dernière phase de tests sur l’homme. « L’État français soutient financièrement le développement de vaccins portés par des entreprises de l’Hexagone. A ce titre, Covireivac devrait bientôt être impliqué dans des essais cliniques avec la société nantaise Valneva, et avec Sanofi-Pasteur », précise l’immunologiste, chef d’équipe au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI) de Lyon.

Sanofi annonce 2 vaccins et un centre d’excellence pour la technologie ARNm

Le géant pharmaceutique basé à Marcy l’Étoile, près de Lyon, développe deux candidats-vaccins contre la Covid-19. Son projet le plus avancé est un vaccin à base de protéine recombinante, une technologie que la firme maîtrise et commercialise depuis cinq ans dans le cas de la grippe saisonnière. Ce premier vaccin est développé en partenariat avec GlaxoSmithKline (GSK), qui fournit l’adjuvant nécessaire à la formulation du produit. Le 17 mai, Sanofi a annoncé par communiqué de presse, avoir des résultats positifs de phase 2 suffisants pour continuer le développement du vaccin en phase 3, dernière étape avant sa demande d’autorisation de mise sur le marché. Après avoir essuyé un revers en 2020, ayant occasionné plusieurs mois de retard, le laboratoire prévoit le lancement commercial au dernier trimestre 2021.

Sanofi développe par ailleurs un second candidat-vaccin de type ARN messager avec la société de biotechnologie américaine Translate Bio. Les premiers essais sur l’homme (phases 1-2 combinées) sont encourageants. Alors que cet autre projet ne devrait pas être finalisé avant l’année prochaine, le laboratoire a confirmé le 29 juin son intérêt pour ces vaccins de dernière génération en annonçant la création d’un centre d’excellence totalement dédié à la recherche sur la technologie ARN, entre ses sites de Cambridge (États-Unis) et de Marcy-l’Étoile. Il y consacrera 2 milliards d’euros d’ici à 2025.

Des vaccins destinés aussi à l’exportation

Les vaccins français sont dits de « deuxième génération » : ils arriveront après les autres. Ils s’adresseront avant tout, au moment de leur mise sur le marché, à des populations déjà largement vaccinées. Leur conception repose ainsi sur une problématique différente de celles des premiers vaccins : ils doivent nous aider à lutter contre les variants. A la manière d’un rappel, leur rôle sera-t-il de « rebooster » le système immunitaire et de faire remonter notre taux d’anticorps ?  Ou seront-ils conçus spécifiquement en fonction d’un ou de plusieurs variants préoccupants (les vaccins ARN disposent-ils de cette facilité) ? Seront-ils moins réactogènes que leurs prédécesseurs ? Ces questions alimentent les réflexions des fabricants.

Réception au Bénin de vaccins Covid-19 via l’initiative Covax. / ©Flickr

Parmi les futurs nouveaux vaccins, il ne faut pas oublier que certains d’entre eux contribueront à la production de doses destinées aux pays pauvres. Car l’accès aux vaccins est nettement inégal au plan mondial.

Abritant 9% de la population mondiale, les populations des pays à faibles revenus sont très peu vaccinées. Début juillet, ils avaient pu administrer 0,3 % des doses distribuées dans le monde (3,3 milliards de doses), contre 31% pour les pays à revenus élevés (dont les pays d’Europe, les USA, la Chine, etc.) qui eux, regroupent 16% de la population de la planète. Cet approvisionnement vers les zones déficitaires en vaccins passera par le mécanisme financier Covax. Le prix de vente du vaccin doit alors rester abordable : développer de tels vaccins, typés « 1re génération » paraît à priori moins intéressant financièrement.

Carte montrant la distribution inégale des doses de vaccins Covid à travers le monde

Nombre de doses administrées dans le monde en date du 21 juillet 2021.

Comment vacciner le monde ?
Parole donnée à Anne-Marie Moulin, vaccins (5/5) : l’accès universel aux vaccins

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L’étude de phase 3 du vaccin à base de protéine recombinante adjuvantée de Sanofi-Pasteur, la toute dernière avant la demande d’autorisation, vient de débuter. Elle prévoit le recrutement de plus de 35 000 participants dans un large panel de pays.

« Les protocoles inscrits dans l’étude montrent que l’industriel envisage les deux stratégies possibles pour ce sérum : le destiner à être une dose de rappel efficace contre les variants, ou en faire un vaccin de première vaccination, commente Stéphane Paul. Un choix qui sera fait à la lumière des résultats de fin d’année ».

Et vraisemblablement après négociations avec les autorités qui ont investi énormément d’argent public dans la société depuis l’année dernière.

ARN messager : de la Covid-19 à la grippe

Si le géant pharmaceutique lyonnais commercialise son premier vaccin « classique » pour lutter contre la pandémie, il n’est pas sûr que son deuxième projet contre la Covid, à ARN messager, soit utilisé à gros volumes dans ce contexte. Il constitue sans doute une preuve de faisabilité, et il faut aller voir plus loin. Sanofi est en position de leadership dans le développement de vaccins contre la grippe. Or, plusieurs laboratoires et entreprises de biotechnologie – dont Moderna – se sont déjà lancés dans la course avec l’ARN messager. Il s’agirait, cette fois-ci, de ne pas se laisser distancer sur ce marché qui représente 40% des revenus dans la division vaccins du groupe français. Sanofi prévoit de développer six candidats-vaccins avec la technologie ARN messager d’ici 5 ans : l’un au moins sur influenza (virus de la grippe).

PPour aller plus loin