Toute l'équipe Pop'Sciences est en pause estivale du 26 juillet au 18 août. Nous vous souhaitons un bel été !

Scénarios pour le tourisme d’altitude de 2050

SScénarios pour le tourisme d’altitude de 2050

Projetez-vous dans le futur d’une montagne à +2°C, où l’enneigement s’amenuise, et qui réinvente son rapport au tourisme.

Anne Galienne et Laureline Chopard (agence Poprock) présentent certains résultats d’un travail de design fiction réalisé dans le cadre de la revue « Les Passeurs », pour imaginer ce que l’évolution de l’enneigement des domaines skiables changera pour l’aménagement du territoire et la vie en montagne. Chacun des trois scénarios sélectionnés est analysé et commenté :
  • La fin du tout skiLoïc Giaccone, journaliste environnement/science spécialisé montagne et adaptation au changement climatique ;
  • Les mobilités d’altitudes réinventéesÉtienne Faugier, historien, spécialiste des mobilités et du tourisme / Université Lumière Lyon 2, laboratoire d’études rurales ;
  • Le droit pour sauver l’environnement de montagneIsabelle Michallet, juriste en droit de l’environnement / Université Jean Moulin Lyon 3, laboratoire environnement – ville – société.

Pop’Sciences Forum, enregistré le 3 juin 2021 dans les jardins des Musées Gadagne.

 

Le tourisme rattrapé par son gigantisme

LLe tourisme rattrapé par son gigantisme

Jamais le tourisme n’aurait pu autant éprouver l’expérience d’une introspection profonde sans la crise sanitaire, sociale et économique provoquée par la pandémie de Covid-19. Quels sont les scénarios d’un tourisme réinventé et les nouveaux imaginaires qui lui sont associés ?

1er juin 2021

Par Samuel Belaud, rédacteur en chef Pop’Sciences Mag

Téléchargez le magazine complet en .pdf

©Visée-A

Le tourisme s’est industrialisé en rendant abordables et accueillantes des destinations aménagées, par et pour ce secteur économique. Cette démocratisation du tourisme a aussi été rendue possible en levant les barrières à la circulation et en dérégulant le secteur de l’aérien (dans les années 1970 aux États-Unis, puis 1990 en Europe)[1] avec l’irruption des compagnies low cost qui ont popularisé un moyen de transport auparavant très cher et donc socialement discriminant. Enfin, le succès du tourisme industrialisé s’explique aussi par le fait que les expériences de l’ailleurs ont été sécurisées : du départ jusqu’au retour au bercail, les opérateurs touristiques ont le souci du confort des touristes qu’ils accueillent. À tel point que la fluidité et la sûreté du voyage ont fini par primer sur l’effet de surprise et l’inattendu.

LLe monde à nos pieds

L’objectif depuis le début des « Trente Glorieuses » a donc été d’encourager à toujours plus voyager. En mobilisant de puissants imaginaires associés à l’exotisme, la parenthèse enchantée, la déconnexion, ou encore l’expérience originale, nous nous sommes accoutumés à ce tourisme, intensif certes, mais un tourisme qui nous fait du bien et que nous cherchons à pratiquer dès que l’occasion se présente. Nous prenons, d’ailleurs, autant de plaisir à concrétiser un projet de voyage qu’à le fantasmer. Autrement dit, nous avons développé une dépendance vis-à-vis du tourisme, à tel point qu’une part importante de notre temps libre est dédiée à sa consommation. En devenant désirable et incontournable, la machinerie touristique moderne n’était donc plus seulement alimentée par notre soif de découvrir quelque part, mais aussi la crainte de rater quelque chose. Nous serions devenus les sujets d’un tourisme industrialisé et ordonné de sorte qu’il rend le monde disponible, chaque recoin pouvant être facilement visité et connu.

LL’arroseur arrosé

Cet accroissement de la pression touristique sur le monde ne pouvait pas continuer éternellement sans conséquence. Ainsi, les années 2000 ont vu de plus en plus de voyageurs affluer vers des destinations qui ne parvenaient plus à faire face à leur popularité, c’est le surtourisme contre lequel les populations de certaines villes se sont levées à Barcelone ou Venise, par exemple. Des villes en crise d’identité, mais qui se demandent à quel point elles pourraient se détourner d’une source de revenus aussi importante. Du reste, la facture écologique de ce tourisme industrialisé se révèle très salée au fur et à mesure que des études scientifiques pointent le lourd bilan carbone du secteur.

C’est finalement la pandémie mondiale de Covid-19 qui a mis à terre le tourisme international, révélant au passage un paradoxe majeur d’un secteur économique qui, fort de sa capacité à faire massivement traverser les frontières, a lui-même participé à disséminer le virus qui a fini par l’étouffer. Jamais le tourisme n’aurait pu autant éprouver l’expérience d’une introspection profonde sans cette crise sanitaire – et ce magazine esquisse les scénarios d’un tourisme réinventé et les nouveaux imaginaires qui lui sont associés. Est-ce possible de baisser en intensité et de voyager de manière responsable ? Allons-nous réduire les frontières de l’exotisme et de l’aventure en bas de chez nous ? Comment anticiper les conséquences que le surtourisme et le réchauffement climatique auront sur les destinations touristiques sensibles ? La montagne en particulier, doit-elle se sortir du filon de l’or blanc et du tout-ski ?

56 pages pour concevoir le tourisme que nous souhaitons voir se développer et le touriste que nous imaginons devenir


[1] Voir à ce propos l’article « Le low cost dans le secteur aérien », rédigé par Louis-Marie Barnier, Chloé Calame et Jean Vandewattyne, dans La nouvelle revue du travail en 2018 : https://journals.openedition.org/nrt/3527


 

Tourisme : vers de nouveaux imaginaires

TTourisme : vers de nouveaux imaginaires

Pop’Sciences mobilise nos imaginaires et dessine les contours du tourisme post Covid-19, avec un nouveau numéro de Pop’Sciences Mag !

Avant 2020, rien ne semblait pouvoir arrêter l’expansion du secteur touristique, première industrie mondiale avec 10% du PIB mondial et 1 emploi sur 10. Pourtant la crise sanitaire mondiale a terminé d’achever le modèle, jusque-là dominant, du tourisme de masse. Le secteur doit désormais se réorganiser en considérant sa fragilité vis-à-vis des crises sanitaires ou sécuritaires, mais également les contraintes environnementales que la transition écologique lui impose.

Pop’Sciences Mag, interroge le devenir du voyage et esquisse les scénarios d’un tourisme qui tourne la page de la surabondance et de l’artificiel. Les regards de scientifiques, de militants et d’opérateurs touristiques se croisent tout au long de ce magazine pour étudier à quoi ressembleront les pratiques et les paysages touristiques de demain.

56 pages pour concevoir le tourisme que nous souhaitons voir se développer et le touriste que nous imaginons devenir

Ausculter la relation de l’homme à son environnement depuis les refuges

AAusculter la relation de l’homme à son environnement depuis les refuges

Les refuges du massif des Écrins se muent chaque été en véritables laboratoires d’étude des transformations du milieu naturel et des activités humaines en haute montagne. Baptisée RefLab cette initiative forme l’un des maillons du programme de recherche national Sentinelles des Alpes*.

©Boris Baldinger

1er juin 2021

Un article de Grégory Fléchet, paru dans le 8e numéro de Pop’Sciences Mag : TOURISME. VERS DE NOUVEAUX IMAGINAIRES

Perchés à plus de 2000 mètres d’altitude, les refuges de haute montagne sont des points d’observation stratégiques des changements climatiques qui affectent plus intensément ces régions. Parce qu’ils sont implantés au carrefour des itinéraires de grande randonnée, ces lieux d’accueil constituent par ailleurs des sites privilégiés pour étudier l’évolution des pratiques touristiques et de loisirs en montagne. C’est à l’appui de ce double constat que le programme de recherche « Refuges sentinelles de haute-montagne » RefLab a vu le jour en 2017. Piloté par le Laboratoire d’excellence Innovation et transitions territoriales en montagne (LabEx Ittem)** et le parc national des Écrins, ce projet scientifique réunit les seize refuges du massif des Écrins auxquels viendront bientôt s’ajouter cinq refuges du massif du Mont-Blanc. « Le rôle structurant des refuges dans la fréquentation touristique des zones de montagne peu aménagées n’a cessé de prendre de l’ampleur ces dernières années », souligne Philippe Bourdeau, coordinateur du programme RefLab. Associés au projet sur la base du volontariat, les gardiens et gardiennes des refuges partenaires sont au cœur de ce dispositif. En lien avec les chercheurs du LabEx Ittem, ils participent à la construction des protocoles scientifiques selon leurs motivations et leur disponibilité.

Des pièges photo pour étudier la pratique du bivouac

Cette collaboration pour le moins inhabituelle s’est fixée des objectifs ambitieux : croiser l’observation et l’étude des fréquentations et des pratiques touristiques et sportives avec des disciplines comme la météorologie, la climatologie, la biodiversité, et la géomorphologie. « Ces axes de recherche sont mis en œuvre par le biais d’enquêtes, la collecte in situ de données quantitatives et qualitatives ou des ateliers collaboratifs, détaille Philippe Bourdeau. À la fin de la saison touristique un débriefing interprofessionnel permet ensuite de mutualiser les observations de terrain et de croiser le regard des chercheurs avec celui des parties prenantes. » Pour mener ces investigations plusieurs refuges du programme RefLab disposent de petites stations météo. La fréquentation de ces lieux d’accueil est en outre mesurée à l’aide d’éco-compteurs. Plus récemment, des pièges photographiques ont même été installés aux abords de certains refuges pour étudier la pratique du bivouac.

« Après la levée du premier confinement, au printemps 2020, nous avons assisté à une recrudescence du phénomène à proximité immédiate des refuges. Les pièges photo vont nous permettre de vérifier si cet attrait pour le bivouac perdure au fil du temps tout en essayant de mieux cerner sa saisonnalité », explique Philippe Bourdeau. Afin de poursuivre cette analyse du point de vue des adeptes du bivouac, une enquête en immersion sera réalisée tout au long de l’été 2021. Menée à proximité des refuges et de certains sites isolés du parc national des Écrins, cette enquête devrait contribuer à mieux caractériser la dimension socio-démographique d’une pratique amenée à devenir une composante à part entière de la fréquentation de la haute montagne.

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* > Sentinelles des Alpes est un projet d’élaboration, de partage et d’intégration des dispositifs d’observation des relations climat-homme-biodiversité à l’échelle du massif alpin français. Il est coordonné par la Zone Atelier Alpes du CNRS, en tant qu’infrastructure de recherche pluridisciplinaire sur les socioécosystèmes http://www.za-alpes.org/-Sentinelles-des-Alpes-58

** > Basé à Grenoble, le Labex ITTEM fédère des chercheuses et des chercheurs issus de neuf laboratoires en sciences humaines et sociales. Encourageant une approche globale, il accompagne l’action publique en montagne par des projets construits avec les actrices et acteurs des territoires, dans une perspective de développement soutenable.

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Pour aller plus loin : TOURISME. VERS DE NOUVEAUX IMAGINAIRES

Tourisme : nouveaux imaginaires | Forum Pop’Sciences

TTourisme : nouveaux imaginaires | Forum Pop’Sciences

Jamais le tourisme n’aurait pu autant éprouver l’expérience d’une introspection profonde sans la pandémie mondiale de Covid-19 qui l’a mis à terre.

Le temps d’une soirée, en présentiel à Gadagne le 3 juin de 17h à 20h, Pop’Sciences se saisit de ce moment de rupture pour esquisser les scénarios d’un tourisme réinventé. Experts et universitaires partageront des imaginaires touristiques plus sobres et responsables.


PROGRAMMATION

©ViséeA

17h00 | Lancement du 8e numéro de Pop’Sciences Mag

TOURISME. LES NOUVEAUX IMAGINAIRES

Présentation, coulisses, et reportages photos commentés du nouveau Pop’Sciences Mag de l’Université de Lyon. En présence de certains journalistes et universitaires ayant participé à sa conception.

18h00 | Conférence – Design Fiction

SCÉNARIOS POUR LE TOURISME D’ALTITUDE DE 2050

Projetez-vous dans le futur d’une montagne à +2°C, où l’enneigement s’amenuise, et qui réinvente son rapport au tourisme. Anne Galienne et Laureline Chopard (agence de design Poprock) présenteront certains résultats d’un travail de design fiction qu’elles ont réalisé, dans le cadre de la Revue Les Passeurs, pour imaginer ce que l’évolution de l’enneigement des domaines skiables changera pour l’aménagement du territoire et la vie en montagne.

Chacun des trois scénarios sélectionnés sera analysé et commenté :

La fin du tout ski  – Loïc Giaccone, journaliste environnement/science spécialisé montagne et adaptation au changement climatique ;

Les mobilités d’altitudes réinventéesÉtienne Faugier, historien, spécialiste des mobilités et du tourisme / Université Lumière Lyon 2, laboratoire d’études rurales ;

Le droit pour sauver l’environnement de montagneIsabelle Michallet, juriste en droit de l’environnement / Université Jean Moulin Lyon 3, laboratoire environnement – ville – société.


Jauge public limitée, pensez à vous inscrire via le formulaire ci-contre (ci-dessous sur mobile)

 

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Un Forum Pop’Sciences organisé en collaboration avec le Musée d’histoire de Lyon-Gadagne

Ils soutiennent la réalisation de ce programme :

Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

LLes glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver | Un article Pop’Sciences

« Les glaciers sont une des clés de voûte des écosystèmes terrestres : on peut les sauver  » – Jean-Baptiste Bosson

La décennie passée a été déclarée la plus chaude de l’histoire selon l’OMS. Sous les assauts climatiques, les glaciers fondent inexorablement, certains, disparus, ont même fait l’objet de funérailles. Les géants blancs sont-ils condamnés ?

Auteur d’une récente étude sur les glaciers classés au patrimoine mondial de l’humanité, le glaciologue franco-genevois Jean-Baptiste Bosson dresse un bilan de la situation actuelle et des conséquences pour les populations. Ses propos sont à la fois alarmants et volontaristes : il n’est pas trop tard pour agir. Au citoyen notamment de faire pression pour un changement des politiques climatiques à venir.

Un article rédigé par Caroline Depecker, journaliste, pour Pop’Sciences – 29 juin 2020

 

Août dernier, des glaciologues français ont envisagé d’ici 2100 la disparition complète du glacier d’Argentière ainsi qu’une diminution de 80% de la Mer de Glace, deux glaciers mythiques du massif du Mont-Blanc. Comment qualifier la situation des glaciers à l’échelle de la planète ?

Elle est alarmante ! La fonte des glaciers s’est accélérée partout dans le monde depuis cinquante ans et le dernier rapport du GIEC sur les océans et la cryosphère a enfoncé le clou. On peut rappeler deux valeurs : la banquise arctique a perdu en moyenne, en septembre, 13% de sa surface par décennie depuis 1979 – du jamais vu en 1000 ans – et les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale ou Asie du Nord devraient perdre plus de 80% de leur volume d’ici 2100. Nous l’avons documenté récemment dans une étude menée en collaboration avec Matthias Huss, un confrère de l’École polytechnique fédérale de Zurich : c’est plus de 30% du volume de glace contenu dans les glaciers mondiaux qui est condamné.

En quoi ont consisté vos travaux ?

En tant que glaciologue travaillant dans la protection de la nature, je me suis demandé quelle était la situation des glaciers inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, aucune étude n’existant sur le sujet. Je les ai donc listés : il y en a plus de 19 000 répartis sur 46 sites de l’organisation onusienne. Soit 10% du nombre total de glaciers terrestres que l’humanité s’est engagée à protéger et à transmettre aux générations futures.

Qu’imaginer pour eux à l’avenir ? Pour le savoir, nous avons évalué leur réponse au réchauffement du climat en fonction de plusieurs scénarios, à l’aide du modèle GloGEM (Global glacier evolution model) de Matthias, l’un des plus performants dans ce domaine, et des données climatiques les plus récentes. Les résultats nous ont peu surpris… En adoptant le scénario RCP 2.6 du GIEC, soit l’application de politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle globale et ainsi une limite du réchauffement à 2°C d’ici 2100, le volume des glaciers pointés par l’étude diminue de 33%. Comme ce scénario est le plus optimiste, cette perte est inéluctable : il faut nous y préparer ! En considérant le scénario RCP 8.5 qui, de façon pessimiste envisage une trajectoire de nos émissions selon un modèle « business as usual », ce volume avoisine 60%. Pour l’instant, c’est le chemin que nous empruntons. Ces valeurs sont à peu près identiques pour l’ensemble des glaciers mondiaux.

En quoi cette fonte menace-t-elle nos sociétés ?

Les glaciers sont l’une des clés de voûte des écosystèmes terrestres, si elle s’effondre, alors le reste va profondément changer ! Les glaciers représentent une composante majeure du système climatique : ce sont 10% des terres émergées qui renvoient le rayonnement solaire, ils ont un rôle de « réfrigérateur » aussi bien sur terre qu’en mer. Leur fonte contribue donc à accentuer le réchauffement global et à modifier la circulation océanique. Elle mène encore à l’augmentation du niveau marin. En un siècle, celle-ci a été de 23 cm dont 90% associés aux glaciers ainsi qu’aux calottes antarctiques et groenlandaises. Cette hausse a un impact considérable : des îles disparaissent, les traits de côtes sont modifiés. Des déplacements massifs de population sont à prévoir, mais aussi de potentiels conflits liés à l’accès à l’eau.

Vue panoramique du glacier de Bionnassay bientôt protégé par arrêté préfectoral dans le massif du Mont-Blanc. / © J.-B. Bosson

Les ressources en eau devraient diminuer dans un futur proche, même à côté de chez nous…

Le « peak water », c’est-à-dire le moment où un glacier en cours de disparition délivre son débit d’eau maximal, n’a pas été atteint partout. Pour les Alpes, cependant, il a été dépassé dans les années quatre-vingt-dix. Depuis cette date, les flux libérés lors de l’été diminuent lentement, mais d’ici une vingtaine d’années, la chute pourrait-être brutale. Une alerte a déjà été observée dans le bassin lyonnais, en mai 2011 : pour préserver le Léman, alimenté en partie par les glaciers de la haute vallée du Rhône et dont le niveau était trop bas, la Suisse avait décidé de réduire de moitié le débit à la sortie du lac. Des perturbations en cascade s’en sont suivies : Lyon a dû réduire les prélèvements en eau potable dans sa principale nappe phréatique, ailleurs, la centrale du Bugey a dû tourner au ralenti pour préserver ses circuits de refroidissement, la riziculture en Camargue a été touchée par une remontée du « coin salé ». Les problèmes de gestion de la ressource en eau devraient nous toucher de plus en plus cruellement à l’avenir.

Malgré la situation, vous pensez qu’il est encore possible de sauver les glaciers. Par quel moyen ?

Pour sauver les deux tiers des glaciers de notre planète, la seule solution est de limiter le réchauffement global, et donc d’avoir des politiques climatiques plus ambitieuses. Pour ma part, je veux montrer que parmi les sites inscrits au patrimoine de l’Unesco et qui contiennent un ou plusieurs glaciers, certains pourraient se retrouver rapidement sur la liste des sites en péril du fait de leur fonte. Je pense à la zone suisse Jungfrau-Aletsch, au parc national argentin Los Glaciares ou bien à celui de Kluane en Alaska. Le « label Unesco » est un outil de communication touristique important que les états ont grand intérêt à conserver. Utiliser ce levier s’est révélé efficace par le passé. En 2014, alors que l’Union internationale pour la conservation de la nature – UICN – menaçait de déclarer « en danger » la Grande barrière de corail pour cause de son blanchiment, l’Australie a rapidement mis en place toute une série d’actions visant à diminuer les pressions locales (intrants chimiques, ancrages destructifs, transports polluants). Le gouvernement s’est aussi engagé à aller plus loin dans sa politique climatique nationale. Malheureusement, sur ce dernier point, suite à un changement de ce gouvernement, cela n’a pas suivi…

Glacier Perito Moreno, Los_Glaciares, Parc National Argentine/ ©Hiroki Ogawa

Limiter le réchauffement climatique, comment croire à l’action politique ?

Dans nos systèmes politiques, c’est surtout l’exécutif qui détient la clé pour accélérer les politiques climatiques. La signature de l’accord de Paris, en 2015, a été une première étape cruciale : la quasi-totalité des états de la planète a reconnu avoir pris conscience de la gravité de la situation. Cependant, aux prises avec les impératifs économiques de nos sociétés capitalistes, ils ne sont pas, ou très peu, passés à l’action. Je crois cependant au courage politique et au pouvoir régulateur de ce dernier. La crise du Covid en est un bon exemple. Elle nous a montré qu’en cas de danger imminent, celui-ci pouvait reprendre le contrôle sur l’économie pour mettre en place des mesures, certes drastiques, mais acceptées de tous. Avec le réchauffement climatique, nous sommes au bord d’un cataclysme beaucoup plus grave encore… Nous le vivons en temps réel et il ne fera que s’intensifier. La nature va nous imposer politiquement un changement de gouvernance mondiale. Soit nous le préparons dès aujourd’hui, dans l’intelligence et le calme, soit il nous sera imposé de façon violente dans les prochaines décennies, par des crises environnementales, sociales, politiques et économiques sans précédent. La problématique des millions de réfugiés climatiques à venir est un exemple parmi d’autres.

Quels signes vous permettent d’espérer un sursaut dans la transition climatique ?

J’en vois plusieurs. Le premier : la mobilisation de plus en plus importante des citoyens, la jeunesse notamment et ses grèves pour le climat. Inconnue il y a trois ans, Greta Thunberg a été élue, en décembre, personnalité de l’année 2019 par le Time. Puis invitée en janvier dernier au forum économique mondial de Davos avec neuf autres jeunes militants. Chez nos voisins suisses, à travers une « initiative populaire pour les glaciers », une association pour la protection du climat a exigé de son gouvernement de décarboner l’économie et d’inscrire les objectifs de l’accord de Paris dans la constitution du pays. Le texte devrait être voté par referendum citoyen d’ici à 2022. « L’affaire du siècle » a quant à elle récolté chez nous plus de deux millions de signatures en deux mois, un record absolu. Partout, les choses bougent, les citoyens sont prêts à s’emparer du problème, et les élus y sont fortement sensibilisés. C’est le cas de ceux avec qui j’échange lors de mes conférences sur les glaciers et le climat, par exemple. Les dernières campagnes électorales, municipales ou européennes, présentaient les questions environnementales et climatiques comme centrales.

Le glacier de Tré-la-Tête fait l’objet de collecte de données pour des évaluations de son bilan de masse. / © J.-B. Bosson

Aujourd’hui, si l’heure est à la mobilisation pour protéger les glaciers, en quoi les étudier est-il important ?

Bien sûr, nous connaissons déjà énormément de choses sur les glaciers, mais il nous reste encore beaucoup à découvrir. Les modèles qui permettent d’estimer leur évolution en fonction du climat doivent être affinés. La même chose pour la modélisation des flux hydrologiques qui, à l’échelle continentale, permet d’identifier et d’anticiper comment évolue la ressource en eau pour les populations. Seuls cinq cents glaciers sur les 200 000 existants font l’objet d’études actuellement et de bilans de masse sur le terrain, ce qui représente au final très peu de mesures. Même si les satellites ont révolutionné nos pratiques de recherche et facilité certains travaux, on a toujours besoin d’aller sur le terrain, pour observer, récolter des données et voir comment les glaciers réagissent en temps réel. Ils renferment encore de précieux secrets. C’est dans cet état d’esprit d’ailleurs qu’une équipe de glaciologues internationale récolte avec urgence des carottes de glace un peu partout dans le monde pour les enterrer en Antarctique. De sorte à, par ce biais, constituer une bibliothèque mondiale d’archives glaciaires. Un leg pour les scientifiques et les générations futures.

PPour aller plus loin

 

 

Les MUL, la montagne en mode décroissance

LLes MUL, la montagne en mode décroissance

Les équipements poids-plume sont une tendance de fond chez les industriels. Pas dupe, une discrète communauté de marcheurs refuse cette course à l’innovation et le consumérisme qui va avec, en revendiquant une « marche ultra légère » basée sur le système D. Le mouvement, actuellement étudié par le sociologue Éric Boutroy (laboratoire L-Vis), est né en France au début des années 2000, grâce aux forums, puis aux réseaux sociaux numériques.

Cet article est extrait du Pop’Sciences Mag #5 : Ce qui dope le sport

Par Cléo Schweyer   |   15 novembre 2019

Il a ses grandes figures, à commencer par Olivier, qui a lancé la démarche en France après une traversée de l’Islande particulièrement éprouvante, 30 kilos sur le dos. Un destin de « mulet » que refusent les MUL (pour marcheurs ultra légers) avec leur mantra : « Un sac lourd est un sac bourré d’angoisses ». Exit donc les gadgets emportés au cas où, les sangles inutiles qui alourdissent les sacs, les tentes encombrantes quand une toile cousue main et des bâtons de marche font l’affaire. Exit aussi les réchauds, remplacés par des « réchauds-canettes » fabriqués avec ce qu’on a sous la main. Les plus aguerris vont jusqu’à coudre leurs propres sacs  à dos et duvets. Les MUL, marchent hors des sentiers battus, mais ne boudent pas la performance : s’alléger permet aussi d’aller plus vite. Une traversée des Pyrénées en une dizaine de jours, avec seulement 2 kilos sur le dos et en solitaire, a ainsi été réalisée à l’été 2019. Une recherche de frugalité volontaire qui conduit certains marcheurs ultra légers à transformer profondément leur mode de vie, non seulement en randonnée mais aussi au quotidien.

Les réchauds-canettes, qui pèsent une dizaine de grammes, sont la marque de fabrique des MUL. Apprendre à les fabriquer est souvent la première étape pour rejoindre la communauté.

 

 

 

Cet article est extrait de l’enquête

LA MONTAGNE SAISIE PAR LE CULTE DE LA PERFORMANCE

issue du Pop’Sciences Mag n°5.

Ce qui dope le sport | Pop’Sciences Mag #5

CCe qui dope le sport | Pop’Sciences Mag #5

Depuis l’Antiquité, toutes les civilisations sont traversées par un appétit féroce pour le jeu. Une appétence qui s’est intensifiée à partir de la fin du XIXe siècle, dès lors que ce « jeu » s’est mué en « sport ».

La pratique sportive n’a depuis jamais cessé de se démocratiser et la performance de s’institutionnaliser. Le sport est devenu une expérience populaire qui suscite un engouement social et économique si intense, qu’il est difficile d’y échapper.

Citius, altius, fortius

La devise olympique « plus vite, plus haut, plus fort » sonne à elle seule comme une invitation à la performance, ainsi qu’à l’essor de grands événements sportifs. Ces spectacles déchainent les passions. Ils exaltent aussi « l’esprit de corps » des sportifs et de leurs supporters autour d’un blason ou d’un drapeau. Cet esprit d’équipe, conjugué aux sentiments de conquête et de dépassement de soi, constituent les piliers d’une culture sportive désormais largement partagée dans le monde.

Assurément, la pratique sportive s’est aussi développée au fur et à mesure de la prise de conscience de ses effets bénéfiques sur la santé. Cet argument sanitaire, largement démontré par la science, est d’ailleurs volontiers employé depuis plus d’un siècle pour développer l’exercice physique à l’école, sur les temps libres, voire au travail.

L’ensemble de ces phénomènes attestent de l’importance du sport dans nos vies et font de la performance un leitmotiv de société. Battre un record ou dépasser ses limites, sont des ambitions partagées par tous les sportifs, qu’ils soient amateurs ou professionnels.

L’étude du sport par les scientifiques tombe sous le sens.

Les chercheurs s’intéressent aux dimensions physiologiques, biologiques ou technologiques de l’effort. Ils se penchent également sur les enjeux économiques, géopolitiques ou sociologiques que comporte le sport. D’un côté, ces recherches représentent une solide source d’innovations techniques et la promesse de nouveaux exploits pour les athlètes. De l’autre, la littérature scientifique offre des clés de compréhension du phénomène sportif en analysant les effets que cela produit sur les comportements des sportifs et la société en général.

Pop’Sciences Mag se saisit d’une approche scientifique du sport

Histoire du sport, spécificités de la performance en montagne, enjeux et avenir de l’olympisme, innovations technologiques et scientifiques, défis du dopage… La lecture de ce nouveau numéro de Pop’Sciences Mag est idéale pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de la culture de l’effort, pour innover dans la pratique sportive et pour éclairer les sportifs sur celle-ci.

Découvrez ce qui dope le sport !

Pop’Sciences Mag #5

Vers des lendemains sportifs. L’expo sciences et sports

VVers des lendemains sportifs. L’expo sciences et sports

Du sport, de l’activité physique, tout le monde en fait ! Mais la science du sport… Qu’est-ce que c’est ?

L’exposition Vers des Lendemains Sportifs vous emmène autant des laboratoires de recherche jusqu’au sommet du mont Blanc, dans les salles de classes, sur les terrains de foot et de rugby ou encore dans la ville la plus haute du monde pour vous faire découvrir les incroyables résultats des chercheurs en sport. L’avenir du sport est à portée de main lorsque science et sport font équipe !

Réalité virtuelle, arbitrage, burnout sportif, ultra-trail, profil musculaire, altitude, activité physique et maladie… Découvrez les programmes de recherche en biologie, physiologie,  sociologie, histoire, biomécanique… qui s’intéressent aux enjeux de l’activité physique et du sport en Auvergne Rhône-Alpes.
Avec pour volonté d’atteindre un large public, l’exposition circulera dans les territoires de la région. Une année durant, vous êtes amenés à découvrir la diversité des disciplines scientifiques liées au sport, l’excellence universitaire en matière d’innovation et à avoir un aperçu des acteurs socio-économiques de ce domaine travaillant en lien avec les universités. Sur chaque site, l’exposition sera accompagnée d’une programmation culturelle, organisée par chaque université, qui proposera des activités satellites en lien avec le thème de l’exposition.
 
Le site internet de l’exposition
 
Les laboratoires de la Région AURA engagés !La Région Auvergne-Rhône-Alpes a pour objectif de devenir la première région sportive de France. Il est vrai que de nombreuses pratiques sportives sont particulièrement présentes dans la région, notamment grâce aux Alpes qui rassemblent tous les sports de montagne. Un certain nombre d’événements sportifs ont aussi lieu sur l’ensemble de la région AURA. C’est donc la région rêvée pour faire des recherches sur le sport et l’activité physique ! Beaucoup de laboratoires de recherche avec des domaines scientifiques variés travaillent sur cette thématique.Coordination

  • La Communauté Université Grenoble Alpes (ComUE UGA),
  • L’Université de Clermont Auvergne et Associés (UC2A),
  • L’Université de Lyon (UdL),
  • L’Université Savoie Mont Blanc (USMB),
  • Avec le soutien de la Région Auvergne Rhône-Alpes.
Cycliste sur pise

dylan-nolte

Rencontres Montagnes et Sciences

RRencontres Montagnes et Sciences

Le festival de films sur l’aventure scientifique en montagne revient pour la 2e fois à Lyon.

Les Rencontres Montagnes & Sciences sont le rendez-vous de ceux qui veulent regarder la montagne autrement : l’aventure est toujours là, des Alpes à la Patagonie, des glaciers aux volcans, du free ride à la spéléo. Mais le défi ici, est scientifique.

Ces rencontres sont organisées par :  association Montagnes et sciences.

Montagne et Sciences