Qui va payer la ville intelligente ?

QQui va payer la ville intelligente ?

Le 3 décembre 2018 dans le cadre du Pop’Sciences Forum, 40 étudiants, aménageurs, chercheurs, associatifs et citoyens se sont retrouvés pour un workshop créatif avec deux objectifs : dessiner un modèle de financement et de gouvernance équilibré de la ville où le numérique aurait une place de plus en plus prépondérante et rédiger un manifeste de la ville intelligente.

Le numérique et la gestion des masses de données sont de plus en plus saisis par nos villes comme des catalyseurs d’innovations et comme des outils d’optimisation des services qu’elles nous rendent. Dans le même temps, le finances publiques locales ont un modèle en crise. Comment créer des conditions de financement des innovations sans que les collectivités ne perdent la main sur les services rendus ? Quelle place laisser aux entreprises du numériques qui proposent des solutions clés en main et peu onéreuses, en échange d’un accès aux données générées par les usagers ?

DÉCOUVREZ LES RESULTATS SUR LE SITE DÉDIÉ !

Le workshop en image

Ludovic Viévard / Isabelle Baraud Serfaty / Cathy Veil / Alexandrine Lapoutte

Groupe de participants réalisant un travail de brainstorming quant à la réalisation d’une ville catastrophe

Mind mapping : Brainstorming sur la nature de la ville cauchemar. Réalisation de différents scénariis du pire puis création de lien et hiérarchisation de ces derniers.

Micros-trottoirs : Questionner les individus dans la ville pour connaitre leur définition de la ville cauchemar.

Mini-reportage photos : illustration photos de ce à quoi ressemblerait la ville catastrophe


Résultat du travail de mind mapping au sein du groupe 1

Constitution de schéma de ville intelligente à l’aide de différentes cartes
Prototypage et élaboration d’un schéma de la ville intelligente

Restitution graphique du schéma du groupe 3 « Vers une gouvernance circulaire autour de plateformes d’intermédiations »


Rédaction du manifeste : Restitution de la compréhension des nouveaux modèles économiques et de gouvernances de ville intelligente de chaque butineur auprès de Julie notre facilitatrice pour la rédaction d’un manifeste collectif.

Restitution graphique du manifeste réalisé en commun

Un béton vert est-il possible ?

UUn béton vert est-il possible ?

Véritable roche liquide à température ambiante, l’usage du béton est d’une incomparable commodité, ce qui le rend difficilement remplaçable.

En France, plus de 80 % du patrimoine bâti est en béton. Cet usage généralisé n’est pas sans conséquence, que ce soit sur les émissions de CO2, principalement liées à la fabrication du ciment, ou sur la production de déchets minéraux de déconstruction.

Dans ce contexte, l’Ifsttar explore les pistes pouvant conduire à un béton « vert ».

Découvrez le dossier thématique sur l’espace Science et Société de l’Ifsttar :

IFSTTAR

Biographies de savants : les vies cachées

BBiographies de savants : les vies cachées

La biographie (de bios, la vie et graphein, écrire) est un genre littéraire qui a toujours bénéficié des faveurs d’un large public. Dans un numéro de la revue Historia (octobre 2011), elle est même qualifiée de « machine à rêves ». A contrario, dans le monde académique, la biographie a longtemps souffert d’une image peu flatteuse : celle d’un « sous genre » à « caractère hybride » (François Dosse). Elle même a subi en France un véritable ostracisme – depuis l’entre-deux guerre jusqu’à la fin des années 1970 – largement attribuable à l’influence de l’« École des Annales ». Ensuite, grâce à un puissant courant rénovateur de la recherche académique, la biographie a retrouvé toute sa légitimité (cf. la revue Critique de juin-juillet 2012).

Ecrit par Philippe Jaussaud

 

La biographie scientifique

La biographie scientifique, considérée comme une branche particulière de la biographie historique, permet notamment d’éclairer les découvertes en les replaçant dans leur environnement humain. Tel est l’un des sujets de recherche sur lequel nous travaillons dans notre laboratoire (EA 4148 Lyon 1 S2HEP).

Il sera question ici uniquement de biographies publiées sous forme d’ouvrages à large diffusion, donc accessibles au grand public, et non de notices – nécrologiques, de dictionnaires, etc. – d’articles ou de films (« biopics »). Qui écrit des biographies de savants ? Des journalistes, des historiens, des romanciers, des chercheurs, des ingénieurs, des membres du corps médical – médecins pharmaciens, etc. La liste n’est pas exhaustive. C’est parfois un membre de la famille du biographié qui prend la plume : Daniel Langlois-Berthelot a ainsi honoré son arrière grand-père, le chimiste Marcelin Berthelot, et tout récemment Patrice Debré a fait de même pour son grand-père Robert Debré. Le biographié en personne peut prendre la plume pour se raconter : on parle alors d’« autobiographie » ou de « mémoires ». Tel est le cas, par exemple, des Mémoires sans concession (1988) du physicien Yves Rocard – physique nucléaire, radioastronomie, grands travaux – ou de l’ouvrage intitulé Origines de l’Homme – Origines d’un homme que vient de publier le préhistorien et paléoanthropologue Yves Coppens.

Notons que le terme de « biographie scientifique » revêt une certaine ambigüité. Lorsqu’il s’agit à la fois de la vie et de l’œuvre – voire de la seule vie – d’un savant, il est plus exact de parler de « biographie de scientifique ». Un autre sens émerge lorsque le propos de l’ouvrage est centré sur l’oeuvre du personnage biographié – dont la vie publique ou privée se trouve parfois totalement passée sous silence. Dans ce dernier cas, l’auteur doit afficher des compétences indiscutables dans la discipline scientifique que le savant a cultivée au cours de son existence.

 

Certains scientifiques ont publié un nombre important d’ouvrages, alors que d’autres personnages sont maigrement représentés, voire totalement absents

Inventoriant le « rayon biographies » d’une librairie, nous constatons le fait suivant : certains scientifiques – Charles Darwin, Albert Einstein, Louis Pasteur, Marie Curie en particulier – ont donné lieu à l’édition d’un nombre important d’ouvrages, alors que d’autres personnages sont maigrement représentés, voire totalement absents. La question que nous soulevons ici est d’importance, car elle met en cause, d’une certaine manière, la qualité de l’histoire des sciences transmise au public. Dans ce qui suit, nous présenterons quelques exemples caractéristiques de « vies cachées ». Les occultations biographiques concernées ont plusieurs causes, les moins avouables étant d’ordre commercial – choix de savants « vendeurs ». Des facteurs politiques, mémoriels ou moraux ont parfois joué. Rappelons que ces derniers n’ont aucune légitimité en Histoire, bien qu’ils pèsent fortement, depuis plusieurs années, sur l’élaboration des programmes scolaires.

Pierre Curie a été peu biographié « tout seul », sans Marie. Or, avant même de rencontrer sa future épouse, le savant a déjà réalisé des travaux d’une exceptionnelle envergure : mise au point d’une balance électrostatique, découverte de la piézoélectricité avec son frère Jacques, énoncé de lois fondamentales dans les domaines du magnétisme et de la physique du solide. Certains spécialistes estiment même que Pierre Curie est déjà nobélisable lorsqu’il commence à s’intéresser, en compagnie de Marie, à la radioactivité. Cette propriété de la matière, rappelons-le, a été découverte par Henri Becquerel (1852-1908), professeur de physique au Muséum national d’Histoire naturelle. Dix ans après qu’il ait partagé le prix Nobel de physique avec les Curie (1903), Marie publie une biographie de son époux. Cependant, une longue période s’écoulera avant que l’étude rigoureuse – et dépouillée de toute connotation affective – d’Anna Hurwic voie le jour (1998).

Avec la pénicilline – plus précisément la « benzylpénicilline » -, la chimie pharmaceutique nous offre un cas intéressant : celui de la connexion entre la biographie et l’attribution d’une découverte. En effet, le nom d’Alexander Fleming, microbiologiste au Saint Mary’s hospital de Londres, a été longtemps seul associé à l’isolement du premier antibiotique – en 1928, à partir d’un champignon du genre Penicillium. Les deux principales biographies du savant en langue française sont : La vie de Sir Alexander Fleming (1959) d’André Maurois et Fleming 1881-1955 : L’homme et le mythe (1990) de Gwyn Macfarlane.

L’évolution des titres traduit involontairement l’émergence d’une réflexion sur la paternité de la découverte. En effet, l’extrait de champignon obtenu par Fleming est impur. C’est l’équipe oxfordienne pluridisciplinaire d’Howard Florey – dont le principal collaborateur est Ernst Chain – qui purifiera l’antibiotique. Fleming, Florey et Chain partageront le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1945. Mais, Florey et Chain sont mentionnés par la BBC comme des assistants de Fleming – qui ne les connaît pas. L’ambigüité persistera grâce à plusieurs facteurs socio-politiques que nous ne détaillerons pas. La seule biographie disponible de Florey – Howard Florey – Penicillin and after – a été publiée en anglais par Trevor Williams en 1985, donc bien après celle de Maurois. De ce fait, elle a eu peu d’impact sur le grand public.

Passons de la chimie à la biologie moléculaire. L’ouvrage La double hélice (1968) de James Dewey Watson est célèbre. Il est de nature autobiographique. Son auteur raconte avec réalisme – et même un certain cynisme – sa découverte, en collaboration avec Francis Crick de la structure de l’ADN (1953). Travaillant au laboratoire Cavendish de Cambridge, le duo construit le fameux modèle moléculaire en double hélice grâce aux résultats expérimentaux – des images de diffraction des rayons X par des cristaux – obtenus par une jeune chercheure : Rosalind Franklin (1920-1958). Watson et Crick ont pu accéder aux données décisives de Franklin grâce à son collègue du King’s College, le physicien Maurice Wilkins. Le prix Nobel de physiologie et médecine est attribué en 1962 au trio Watson, Crick et Wilkins, car Rosalind Franklin est décédée d’un cancer. Seul Wilkins fera allusion aux travaux de la jeune femme dans sa « Nobel lecture ». En raison de ce contexte, la publication d’une biographie de Franklin par Brenda Maddox en 2003 – Rosalind Franklin : La Dark Lady de l’ADN –  sonne un peu comme une revanche posthume. L’ouvrage en question est traduit en français en 2012. Entre-temps, Crick a publié son autobiographie : Une vie à découvrir – De la double hélice à la mémoire (1989). Une biographie de Watson par Brenda Maddox est prévue pour la fin de l’année 2018.

 

Et les femmes de sciences…

Notons au passage que Rosalind Franklin n’est pas la seule dame de la science dont les travaux ont été occultés par la communauté savante et/ou les biographes. La physicienne Lise Meitner (1878-1968), par exemple, a conduit d’importants travaux dans le domaine de la radioactivité. Elle a notamment découvert la fission nucléaire avec Otto Hahn, mais seul ce denier a été récipiendaire du Prix Nobel en 1944. Hahn a publié son autobiographie scientifique vingt-deux ans plus tard. Concernant cette problématique de la reconnaissance des femmes scientifiques, nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de Nicolas Witkowski, intitulé Trop belles pour le Nobel – Les femmes et la science (2005). Dans le domaine de l’Histoire pure, un souci semblable d’équité a suscité la direction d’Un siècle d’historiennes (2014) par André Burguière et Bernard Vincent.

 

Avant et après Darwin ? Des lacunes biographiques…

D’autres exemples biographiques intéressants se rapportent à la biologie « classique » – non moléculaire. Charles Darwin est le père – après Lamarck – d’une importante théorie de l’Évolution basée sur la sélection naturelle. Mais, sait-on que le naturaliste britannique Alfred Russell Wallace (1823-1913) a précédé Darwin sur le chemin de la découverte ? C’est même Wallace qui a incité son collègue à publier ses résultats. Mais, il faudra attendre les années 2000 pour que soient publiées des biographies complètes de Wallace (par Peter Raby et Charles Smith). Édité en français en 2013, l’ouvrage de Raby exhibe sur sa couverture une bande rouge sur laquelle on peut lire « L’homme qui sélectionna Darwin ».

De même, ce n’est que depuis 2013 que le public peut disposer d’une biographie de Bernard Germain Étienne de Laville-sur-Illon, comte de La Cepède (ou Lacépède) (1756-825), physicien, musicien et surtout naturaliste. Ce disciple de Gianluigi Buffon, titulaire de hautes charges d’État sous l’Empire et la Restauration, a occupé la chaire de « Zoologie (Reptiles et Poissons) » au Muséum national d’Histoire naturelle. Dans le même établissement, des scientifiques comme Alphonse Milne-Edwards (1835-1900) – spécialiste des Crustacés, des Limules, des Oiseaux et de certains groupes de Mammifères, Alfred Lacroix (1863-1948) – minéralogiste et volcanologue – ou encore Philippe van Tieghem (1839-1914) – théoricien de l’anatomie végétale -, pouvant rivaliser avec un Pasteur ou un Claude Bernard, ne bénéficient pas encore de biographies selon les critères que nous avons exposés.

La même situation lacunaire affecte beaucoup d’autres naturalistes, comme Léon Guignard (1852-1928). Nommé professeur de botanique à l’École supérieure de Pharmacie de Paris après avoir passé quelques années à la Faculté des sciences de Lyon, Guignard a conduit des travaux de premier plan en anatomie, cytologie, physiologie et chimie végétales. On lui doit notamment la description de la double fécondation chez les Angiospermes, ainsi qu’une méthode simple et rapide pour détecter la présence d’acide cyanhydrique. Citons encore Henri Beauregard, spécialiste des Cétacés et des Insectes vésicants, dont la carrière s’est déroulée en partie à l’École de Pharmacie de Paris et en partie au Muséum.

Un médecin et zoologue spécialiste des Echinodermes (oursins, étoiles de mer, ophiures, lys et concombres de mer) relève du même cas de figure. Il s’agit de René Koehler (1860-1931), qui a occupé la chaire de zoologie de la faculté des sciences de Lyon. Ce beau-frère d’Auguste et Louis Lumière a utilisé la photographie en noir et blanc, pour reproduire avec précision les détails anatomiques de ses objets d’études. Á l’époque, l’illustration des articles d’histoire naturelle exploite plutôt la technique du dessin. Koehler parcourt mers et océans durant sa jeunesse, en qualité  de médecin de bord de paquebots. Ses voyages lui permettent d’étudier les faunes littorales, avant de s’intéresser aux espèces des grands fonds océaniques. Pour cela, il dirige l’expédition de l’aviso « Le Caudan » en 1895, rapportant des spécimens qui enrichissent les collections universitaires lyonnaises. Koehler se verra confier l’inventaire et la description des Échinodermes récoltés par diverses missions océanographiques, comme celles d’Albert 1er de Monaco et de Jean-Baptiste Charcot. Par conséquent, il reste à écrire une biographie détaillée de Koehler.

Même le célèbre Georges Cuvier (1769-1832) – anatomiste et fondateur de la paléontologie des Vertébrés – ne bénéficie que depuis peu de biographies dignes de ce nom. La dernière en date, monumentale et due à la plume de Philippe Taquet, n’est pas encore achevée. Elle s’étalera sur trois volumes.

Le pharmacien Ernest Fourneau (1872-1949), considéré comme le fondateur de la chimie thérapeutique française, offre l’exemple d’un scientifique non biographié, qui est aussi un « savant maudit ». En effet, il est emprisonné en 1944 durant quelques mois pour faits de collaboration, avant d’être libéré grâce à une pétition signée par les plus grands savants de l’époque – dont Frédéric Joliot-Curie. Précisons que, durant sa jeunesse, Fourneau a passé trois ans en Allemagne, où il se forme à la chimie organique de synthèse sous la direction des plus grands maîtres de la discipline, dont Emil Fischer et Richard Willstätter – tous deux lauréats du prix Nobel. Fourneau conservera toute sa vie une grande admiration pour l’Allemagne. Après ses années de formation, il est appelé à diriger le service de chimie thérapeutique de l’Institut Pasteur, où lui-même et ses élèves découvriront les sulfamides antibactériens, des antiparasitaires, un anesthésique local (la Stovaïne, de l’anglais « stove » : fourneau), des curarisants, des antiallergiques, etc. L’un des élèves de Fourneau, Daniel Bovet (1907-1992), sera nobélisé en 1957 et publiera un ouvrage intitulé Une chimie qui guérit – Histoire de la découverte des sulfamides (1989) où il raconte ses souvenirs.

Nous évoquerons pour finir un cas particulier de lacune biographique, celui résultant de l’absence de traduction d’un ouvrage étranger en langue française. Le grand public rencontre alors des difficultés à lire et/ou à se procurer l’opus concerné. Nous avons déjà abordé implicitement la question à propos de Wallace et Florey. Le biographe de ce dernier, Trevor William, s’est également intéressé à un grand chimiste britannique, Sir Robert Robinson (1886-175) : Chemist extraordinary (1990). Le savant, nobélisé pour ses travaux dans le domaine de la chimie de composés naturels d’importance médicale – Alcaloïdes et stéroïdes – a d’ailleurs publié son autobiographie : Memoirs of a minor prophet (1976) … toujours pas disponible en langue française, hélas.

Toujours en lien avec les absences de traductions, nous mentionnerons les cas intéressants de Richard Owen (1804-1892) – Anatomie comparée et paléontologie – et du chimiste Fritz Haber (1868-1934). Ce dernier ne bénéficie, en langue française, que d’une biographie sous forme de bande dessinée. Haber a mis au point un procédé de synthèse totale de l’ammoniac, dont l’importance industrielle et agricole lui a valu de recevoir le Prix Nobel de chimie en 1918. Par ailleurs, il s’est trouvé à l’origine de l’utilisation de l’arme chimique durant la première guerre mondiale, entrainant le suicide de son épouse, ainsi qu’une réprobation unanime.

 

Des savants oubliés

Dans notre laboratoire, plusieurs thèses de Doctorat ou mémoires de master ont été consacrés à des savants « oubliés ». Voici quelques exemples :

Ferdinand Monoyer (1836-1912) : professeur de biophysique à la Faculté de médecine de Lyon, il a conçu l’échelle de mesure d’acuité visuelle portant son nom – que nous lisons tous chez notre ophtalmologue – et inventé une unité, la dioptrie, pour mesurer la capacité de réfraction d’un milieu traversé par la lumière.

Jean Thibaud (1901-1960) : élève de Maurice de Broglie, ce spécialiste des particules subatomiques et des rayons X conçoit un prototype de cyclotron, étudie les propriétés du positron et fonde l’Institut de physique atomique à la Faculté des sciences de Lyon – devenu l’actuel Institut de physique nucléaire du campus de La Doua.

Jean Dufay (1896-1967) : s’intéressant à la lumière du ciel nocturne, puis à l’astrophysique stellaire, ce savant participe à un tournant important : le passage de l’astronomie de position à l’astrophysique. Dufay occupe les fonctions de directeur de l’Observatoire de Lyon et de l’Observatoire de Haute-Provence.

Alfred Legrand Des Cloizeaux (1817-1897) : professeur titulaire de la chaire de « Minéralogie » au Muséum, rival malheureux de Pasteur lors de sa première candidature à l’Académie des sciences, ce savant s’est illustré dans le domaine de la cristallographie optique. Il a également mis au point un nouveau microscope polarisant.

Louis Lortet (1836-1909) : ce médecin lyonnais a été successivement professeur de zoologie à la Faculté des sciences, puis professeur d’histoire naturelle à la Faculté mixte de médecine et pharmacie de sa ville.  Effectuant des missions en Grèce, en Syrie et en Égypte, Lortet a construit une œuvre éclectique : il s’est intéressé aussi bien à la physiologie de l’appareil circulatoire qu’à la reproduction des éponges, à l’incubation buccale chez les Poissons, à l’anthropologie physique ou aux maladies parasitaires tropicales. Ses recherches majeures concernent la faune momifiée de l’Égypte ancienne : analysant des milliers d’échantillons, Lortet a étudié les techniques d’embaumement et l’évolution faunistique locale. Premier doyen de la Faculté mixte, le savant a également dirigé le Muséum d’histoire naturelle de Lyon.

Achille Urbain (1884-1957) : ce vétérinaire militaire pasteurien se distingue en immunologie, microbiologie et pathologie animales. Il découvre une nouvelle espèce de bovidé, le Kouprey du Cambodge. Professeur d’« Éthologie des animaux sauvages » au Muséum, Urbain dirige de 1942 à 1949 cet établissement – qu’il sauve littéralement et dont il protège le personnel. Urbain est le co-fondateur du Parc zoologique de Vincennes.

Alphonse Milne-Edwards (1835-1900) : déjà mentionné plus haut, cet important zoologiste – à la fois pharmacien, docteur en médecine et docteur ès sciences – est aujourd’hui ignoré du grand public. Pionnier de l’océanographie des grandes profondeurs, grande figure du Muséum national d’Histoire naturelle, Milne-Edwards fait partie des grands oubliés. Ce personnage était pourtant considéré à son époque – des images publicitaires en témoignent – comme un scientifique de la stature d’un Claude Bernard ou d’un Pasteur. Le seul timbre-poste représentant Alphonse Milne-Edwards​ n’a pas été émis par la France … mais par la République du Mali.

BBIBLIOGRAPHIE

  • Critique, Biographies, modes d’emploi, juin-juillet 2012, n°781-782, pp. 484-623.
  • Dosse François (2005) Le pari biographique. Écrire une vie. Paris : La Découverte, 480 p.
  • Jaussaud Philippe (2014) Biographies scientifiques : la vie des autres, Interfaces/Livres anciens de l’université de Lyon, http://bibulyon.hypotheses.org/5355
  • Jaussaud Philippe, Triquet Éric, Bruguière Catherine (2014) Rentrée littéraire : la vie des scientifiques – Faut-il être scientifique pour écrire la biographie d’un savant ? | En savoir plus : Sciences pour tous
  • Jefferson Ann (2012) Le défi biographique, Paris : Presses Universitaires de France, 408 p.
  • Lejeune Philippe (1975) Le pacte autobiographique, Paris : Le Seuil, 368 p.
  • Madelénat Daniel (1984) La biographie, Paris : Presses Universitaires de France, 224 p.

 

Académie des sciences, Belles-lettres et Arts de Lyon

 

Découverte de la biomécanique au collège

DDécouverte de la biomécanique au collège

Les femmes et les hommes, à travers les époques, utilisent différents modes de déplacements pour s’adapter à leur environnement. Pouvoir se déplacer dans ces nouveaux territoires, que peuvent être la ville par exemple, est un enjeu majeur pour chaque individu.

Les chercheurs de l’Ifsttar, en biomécanique, travaillent sur les bienfaits et les risques de ces nouveaux déplacements.

Au cours de l’année 2015-2016, ils ont rencontré les collégiens de l’établissement Joliot Curie (Bron 69). Ces ateliers ont permis la réalisation d’une maquette pédagogique et d’un dessin animé.

Découvrez la thématique comment l’Homme modélisé peut anticiper la mobilité de demain, ainsi que le détail de la démarche pédagogique

Sur l’espace Science et Sociétéde l’Ifsttar

 

Découverte du véhicule autonome

DDécouverte du véhicule autonome

Imagine-toi dans la future voiture : elle t’emmène où tu veux sans rien avoir à faire….ce n’est pas un rêve, mais le véhicule autonome.

De nombreuses sociétés dans le monde travaillent sur cette technologie innovante. Les chercheurs de l’Ifsttar réfléchissent aussi depuis plusieurs années à ce sujet, qui soulève des questions technologiques, humaines, et de société.

Au cours de l’année 2017, ils ont pu en discuter avec des jeunes de Bron, lors d’un atelier participatif. Celui-ci a donné lieu à  la réalisation d’un webdocumentaire « en route pour l’aventure à bord du véhicule autonome« .

Découvre, ce qu’est un véhicule autonome, pourquoi l’avoir inventé, et quand pourras-tu voyager à bord…

Sur l’espace Science et Société  de l’Ifsttar

 

La question du genre dans les transports

LLa question du genre dans les transports

Les défis actuels liés aux transports, à la mobilité et à la sécurité sont-ils une question de genre ?

La différence entre les deux sexes a longtemps été négligée dans l’organisation du territoire, comme dans les transports.

Les planificateurs des transports ne distinguaient pas les individus en fonction de leur groupe de sexe d’appartenance. Pourtant, les décisions étaient essentiellement prises par des hommes, en fonction de leurs intérêts et de leurs expériences. Cette omission a accentué et pérennisé les inégalités entre hommes et femmes au regard de la mobilité.

Des recherches sont menées à l’Ifsttar sur la question du genre dans les transports, la mobilité et la sécurité.

Découvrez le dossier thématique sur l’espace Science et Société de l’Ifsttar

 

Autonomie des véhicules électriques : un enjeu durable ?

AAutonomie des véhicules électriques : un enjeu durable ?

Alors que les constructeurs redoublent d’efforts pour augmenter l’autonomie des véhicules électriques, des chercheurs de l’Ifsttar nous sensibilisent aux effets sur l’environnement.

Se déplacer de façon durable, ce n’est pas qu’une simple question de moteur. Nous devons, avant tout, réinventer notre mobilité et développer des alternatives à la voiture individuelle.

Retrouvez le dossier sur l’espace science et société de l’Ifsttar

contact : openexperience@ifsttar.fr

Découverte du véhicule autonome

DDécouverte du véhicule autonome

Imagine-toi dans la future voiture : elle t’emmène où tu veux sans rien avoir à faire….ce n’est pas un rêve mais le véhicule autonome.

De nombreuses sociétés dans le monde travaillent sur cette technologie innovante. Les chercheurs de l’Ifsttar réfléchissent aussi depuis plusieurs années à ce sujet, qui soulève des questions technologiques, humaines, et de société.

Au cours de l’année 2017, ils ont pu en discuter avec des jeunes de Bron, lors d’un atelier participatif. Celui-ci a donné lieu à  la réalisation d’un webdocumentaire « en route pour l’aventure à bord du véhicule autonome« .

Découvre, ce qu’est un véhicule autonome, pourquoi l’avoir inventé, et quand pourras tu voyager à bord

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contact : openexperience@ifsttar.fr

De 1968 à 2018 : les 50 ans du droit à la ville

DDe 1968 à 2018 : les 50 ans du droit à la ville

Ce dossier thématique aborde la notion de “droit à la ville”. Il intervient dans le cadre du 50e anniversaire de la publication de l’ouvrage Le droit à la ville par Henri Lefebvre en 1968.

Il a été réalisé dans le cadre d’une collaboration entre la Direction Culture, Sciences, Société de l’Université de Lyon et l’École Urbaine de Lyon, visant à impliquer dans un projet de médiation scientifique cinq étudiants de la mention de master Ville et Environnements Urbains (VEU), Khrystyna Gorbachova, Iris Huneau, Lucas Hurstel, Johanna Lubineau et Eya Naimi, encadrés par Samuel Belaud (Université de Lyon) et Mathilde Girault (UMR Triangle). Lorsqu’on se penche sur la notion de droit à la ville, ce format pédagogique révèle toute sa portée performatrice !

 

Le “droit à la ville” est une notion introduite dans l’ouvrage homonyme de Henri Lefebvre, publié en 1968. Ce court manifeste critique vivement les modes de productions dominants de la ville. Il se place particulièrement en contre-courant de la ville capitaliste et néolibérale, considérant les inégalités sociales (de classe) qui la structurent. Le “droit à la ville” s’oppose aussi à la ville fonctionnaliste et standardisée, pour prôner le droit des habitants à auto-produire leur ville. Le “droit à la ville” pourrait se définir par le droit de chaque habitant à imaginer et fabriquer son lieu de vie, à se l’approprier, à y vivre à sa manière, etc. Il ne s’agit donc pas d’un droit au sens institutionnel du terme que l’on pourrait revendiquer, à l’instar des droits de l’homme, mais davantage d’un rapport singulier implicatif que chaque habitant entretient avec la ville comme lieu d’habiter.

50 ans après la publication de cet ouvrage, le contexte urbain a changé mais la notion de “droit à la ville n’est pour autant pas moins d’actualité. Les villes ont grossi et concentré de plus en plus de richesses, les centres-villes se sont patrimonialisés ce qui a engendré une gentrification des quartiers connexes, la compétition métropolitaine a entériné les pouvoirs urbains comme espaces décisionnels, la participation institutionnelle a mis en avant la figure du citoyen et du débat public mais a aussi suscité quelques frustrations, les vagues de migration ont mis en défaut les capacités d’accueil de métropoles pourtant vantées comme espace du cosmopolitisme… Se sont renforcées les ségrégations sociales, les exclusions territoriales, les inégalités environnementales…

Si l’on se penche sur le travail de nombreuses associations et collectifs œuvrant dans divers domaines comme la place des femmes dans l’espace public, le droit au logement, les formes d’appropriations de l’espace public par les citadins, ou la reconnaissance des “invisibles” de la ville  (SDF, minorités, etc.), l’ancrage du “droit à la ville” dans notre époque actuelle apparaît bien réelle. Nous pourrions même dire que certains font du droit à la ville sans le savoir : afin de mettre en avant toute l’actualité de cette notion, nous proposons une carte collaborative d’associations et de collectifs qui, selon nous, agissent selon les principes du droit à la ville tel que nous avons pu le définir dans ce dossier.

Consulter la carte

 

La publication de ce dossier thématique naît conjointement d’une initiative de l’association étudiante de la Mention de master VEU, Urbagora 2.0, qui a réalisé courant mars plusieurs événements visant à faire connaitre cette notion et débattre de son actualité. Ces événements seront rapportés par la suite dans ce dossier.

Les articles

Le droit à la ville, une théorie portée à tous ?  – Johanna Lubineau

Créer du commun par l’habiter : le cas de trajectoires militantes dans le squat officiel bruxellois « 123 » – Khrystyna Gorbachova

La monotonie paysagère comme aliénation moderneEya Naimi

Le son comme révélateur des inégalités sociales – Lucas Hurstel

 

Iris Huneau

Ce travail a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence ANR-17-CONV-0004.

Créer du commun par l’habiter : le cas de trajectoires militantes dans le squat officiel bruxellois « 123 »

CCréer du commun par l’habiter : le cas de trajectoires militantes dans le squat officiel bruxellois « 123 »

La crise du logement est toujours un problème massif en France et en Europe occidentale. Ce sont les classes moyennes, populaires ou pauvres qui sont les plus affectées par cette crise tant pour l’accession à la propriété individuelle que pour la location. Souvent c’est encore la politique publique qui est accusée d’inefficacité dans la régulation de la spéculation foncière et immobilière, bien que les politiques d’implication des habitants s’imposent aujourd’hui comme une composante du projet urbain et fait partie de la “bonne gouvernance” dans les pays occidentaux.

Bien que proches, la participation institutionnelle ne correspond pas, selon nous, à la revendication de droit de la ville comme cela a été théorisé par H. Lefebvre. C’est naturellement que ce décalage, malgré les tentatives voilées, fait ressortir des mouvements divers d’initiatives alternatives en matière de logement. Parmis ces initiatives, une a retenu notre attention pour son caractère collectivement impliquant et ses liens avec la portée subversive de la quotidienneté : l’habitat partagé où les habitants s’impliquent en réalisant l’autogestion et la production commune de leurs logement. Ce n’est pas juste une alternative économique à ce que la ville propose en termes de logement, mais un mode de vie que les gens recherchent. Pour mieux comprendre ce raisonnement et la forme pratique de la revendication de droit à la ville qu’il entraîne, nous proposons à votre attention une interview auprès d’habitants d’une communauté auto-gérée bruxelloise, un squat appelé 123 occupé depuis 10 ans avec un accord avec le propriétaire de l’immeuble.

Ci-dessous vous trouverez deux histoires différentes, deux raisonnements différents partageant une toiture et des espaces communs au quotidien. Celles de Steven, un des fondateurs du squat officiel bruxellois 123, et celle de Koen, habitant du squat officiel 123 à Bruxelles.

 

Khrystyna : Présentez-nous, s’il-vous-plaît, votre habitat et votre action. Est-ce que vous reconnaissez votre mode d’habiter dans la notion de droit à la ville (anticapitalisme, anti-exclusion urbaine, valeur du commun, attentions aux pratiques quotidiennes, auto-gestion.. attitude critique) ?

Steven : En septembre 2015 alors que j’étais sans domicile depuis une semaine, j’ai eu la chance d’arriver par hasard au « 123 » . Cela m’a sauvé : j’y ai trouvé une stabilité pour mon logement et une aide psychologique et affective qu’aucune autre structure officielle n’aurait pu m’offrir.

Lorsque la fille qui m’avait prêté sa chambre est revenue, j’ai ouvert un squat qui a duré 6 mois. C’était très bien. Il s’agissait d’un hôtel particulier qui appartenait à la Banca Popolare et qui était vide depuis 15 ans dans le quartier Européen. Dix autres personnes y ont trouvé refuge. Après je suis revenu au 123 et on m’a donné officiellement une chambre.

Pour ceux qui ont des accidents de parcours ou se retrouvent marginalisés, la société n’est pas adaptée pour leur répondre. On ne fait pas confiance à un système qui vous exclut. Oui, l’opposition à un capitalisme totalitaire fait parti du mode vie en squat. La solidarité et l’entraide sont des valeurs pleine de sens que l’on vit tous les jours.

Koen : Depuis Juillet 2017 j’habite à la Rue Royale, un des lieux occupés par la communauté d’habitants auto-gérée bruxelloise dite 123. La semaine passée je suis devenu officiellement habitant moi-même (hourra !). Il s’agit d’une occupation démarrée en squattant, mais existante depuis  10 ans grâce à une convention avec le propriétaire (public !) : la Région Wallone. En novembre 2018 nous devrons quitter les lieux, car le nouveau propriétaire (privé) veut y construire des logements étudiants. Avant j’ai habité pendant plusieurs années en bougeant à Bruxelles d’un endroit à un autre, souvent en logeant chez des ami.e.s, sans avoir un lieu fixe. Je suis de Bruxelles et j’ai un réseau (famille, ami.e.s…) qui m’a permis de faire cela plutôt confortablement, parce que je veux faire ce choix. Je crois que grâce à cette chance là, et la prise de conscience de voir cette expérience ainsi , j’ai pu mettre ma façon de vivre en question et j’ai pu m’approcher de mondes différents que ceux dans lesquels j’ai grandi, desquels j’étais prédestiné à faire partie, ainsi que de travailler mon empathie. Donc, oui, disons qu’on peut appeler cela une attitude critique. A part ça j’ai toujours connu  l’habitat collectif, faisant partie d’une grande famille de plusieurs ménages, travaillant et vivant ensemble, et ayant été en internat, entre autres…

Khrystyna : Est-ce que c’est une forme du lutte pour vous ? Si oui est-ce qu’il s’agit de la lutte urbaine pour le logement ou est-ce qu’elle rejoint plus largement d’autres formes de luttes urbaines?

Steven : C’est souvent par nécessité que l’on se tourne vers la vie en squat : « Il me faut un toit, je ne veux pas dormir dehors, la maison d’à coté est vide, je rentre m’y abriter. »

Le manque de ressources, l’isolement et parfois la fuite amènent à rencontrer d’autres personnes qui vivent les même galères. L’entraide fait que l’on se retrouve et qu’on occupe ensemble des bâtiments créant une forme de communauté. Un jour, la chance sourit et un proprio’ donne une convention, ce qui nous permet de rester. Car déménager tout le temps ou risquer l’arrivée des flics ce n’est pas drôle. En tant qu’individu on a aussi besoin de stabilité. Donc cette lutte n’est pas permanente, mais il s’agit bien d’une lutte pour sa survie et pour se créer un espace vital qui nous convient.

Koen :  Personnellement, je ne le définirai pas comme une lutte permanente – je me méfie d’une lutte en permanence -, mais je comprends que c’est parfois une lutte. De cette façon, je soutiens la lutte pour le droit au logement et contre la pauvreté, revendiquée au 123 par exemple, mais cette manière d’habiter est pour moi surtout une mise en question de la façon de vivre activement ma relation avec mon environnement (bâti, humain…), la recherche d’une sensation d’abondance, la solidarité, le développement de mon statut social dans le système belge, la notion de la propriété, le développement de l’immobilier… bref, la pratique architecturale. C’est cette même motivation qui m’a mené à m’engager dans la lutte contre la loi anti-squat, récemment mise en action en Belgique.

Khrystyna : Est-ce que votre projet est situé en opposition des actions de l’Etat, en alternative ou en complémentarité? Est-ce que vous sentez un conflit entre votre vision et celle de l’Etat concernant l’aménagement de la ville?

Steven : Il y a des groupes qui s’opposent à l’Etat à travers leurs discours, actions, occupations. Il font un grand travail de militantisme et c’est très bien. Personnellement je suis légèrement plus nuancé. Je suis très méfiant face au capitalisme et l’Etat est devenu un de ses outils. Mais sur le principe je trouve bien que de grands groupes de personnes parviennent à s’organiser pour vivre ensemble. C’est juste que l’Etat ne remplit pas cette fonction, ou mal. L’Etat gère des intérêts divers, dont normalement aussi celui de sa population.

Bruxelles, comme d’autres villes, veut « monter en gamme », attirer des personnes avec de plus hauts revenus ou des entreprises dont ils espèrent en principe la perception d’impôts. Du coup on rase des quartiers populaires pour construire des immeubles de standing et des bureaux. A Bruxelles, on ne pourra pas aller en banlieue, il y aura pour certain un problème de langue (néerlandais) et surtout c’est encore plus cher. Donc la solution qui nous reste pour continuer à vivre c’est la résistance, mais c’est dur à organiser. Le suivisme et la soumission à l’autorité sont forts.

Koen :  Disons que c’est un mixte. Comme me l’a dit un autre habitant un jour, il y a des gens qui se disent que le 123 est un lieu de vie alternative, mais rien n’est moins vrai. C’est un mini-cosmos, la société comme elle est, dans toute sa complexité, mais mise en avant, en confrontation. Ce qui n’est pas toujours le cas en dehors de chez nous. Je ne crois pas que nous vivons réellement avec une vision assumée en tête, mais plutôt avec une attitude pragmatique, cherchant des solutions pour la vie quotidienne ; nous cherchons à compléter avec des alternatives s’il n’y a pas d’accès, comme par exemple la récup d’alimentation. Cependant des situations de conflit avec l’Etat deviennent très claires, comme par exemple actuellement notre composition de ménage est questionnée, ce qui a une forte influence sur la somme des allocations des habitant.e.s qui y ont le droit.

Khrystyna : Où peut commencer et où doit s’arrêter le droit au logement à votre avis?

Steven : Si on accepte l’idée de l’Etat, alors il paraît évident que celui ci doit veiller à ce que ses citoyens aient un logement. Ce doit être un droit fondamental. La ville de Vienne avec plus de 35% de son parc immobilier y parvient presque.

Si on considère que les individus peuvent se créer, se trouver leurs solutions de logement. alors il faut les laisser faire, les aider. Et c’est à mon sens là que l’on trouvera les plus belles réalisations.  L’habitat mobile, les yourtes et les occupations sont des logements ! Il n’y a pas à entraver leur développement sous prétexte qu’ils ne répondent  pas aux standards imposés par les promoteurs et les bourgmestres qui délivrent – ou pas – les permis.

Koen :  Je ne travaille plus, j’habite !

Khrystyna : Comment on compose un espace commun ? Est-ce que ça passe par la définition des règles?

Steven : Un espace commun est un espace où tout le monde peut passer ou à envie d’y aller. Nous avons la chance d’avoir une seule cage d’escalier pour notre grande maison de 65 habitants. C’est un lieu où on se croise en permanence, on se voit, on sait s’y l’autre est dans le bâtiments ou s’il va bien.

Notre ASBL (Association Sans But Lucratif) gère aussi un site avec des maisons. Là bas, il n’y a que la rue pour se croiser. Ce n’est pas suffisant comme espace commun. Surtout qu’à Bruxelles l’hiver est griset on ne reste pas dans la rue pour boire des cafés. Du coup, les habitants sont dans leurs maisons et il y a moins d’espaces pour favoriser l’esprit de groupe.

L’architecture est donc un élément essentiel pouvant rendre possible ou pas le partage.

Koen :  Le fonctionnement de notre occupation est très politisé, il est mis en place pour que soit possible de prendre des décisions collectives, d’être transparent… Chez nous, nous devons confronter les conflits, ils ne passent pas sous le radar et, bien qu’il y en a qui ne veulent pas (parfois par conviction), ce fonctionnement demande de l’engagement. C’est une des beautés du lieu, mais c’est aussi très énergivore. En effet, il y a des règles qui se mettent en place de manière pragmatique et je les apprends chaque jour en faisant des trucs. Par contre ce n’est pas du tout donné de les faire respecter ou de réagir si les règles n’ont pas été suivies.

Khrystyna : Votre projet c’est une revendication de valeurs communes de votre micro-société. Est-ce qu’il y a une forme d’exclusion de ceux qui ne suivent pas des règles posées comme communes / produites en commun ?

Steven : Pour se faire virer du 123 il faut vraiment le chercher. La solidarité y est très forte et le compromis fait parti de la culture belge. En principe, s’il y a acte de violence, cela entraine exclusion.

Ce n’est jamais plaisant. Si on ne parvient pas à virer la personne sur le champs alors il faut avoir recours à la voie judiciaire et ça prends beaucoup de temps. Les personnes qui se retrouvent expulsées sont souvent fragiles mais dans une logique mentale destructrice et nihiliste. Le groupe peut le subir physiquement et psychiquement.

On héberge parfois des personnes très marginalisées. Pour certain c’est une aide inouïe et pour d’autres c’est un échec. Si un collectif super bienveillant ne parvient pas à soutenir quelqu’un, alors il faut vite que la personne trouve une autre bouée. Car rester c’est s’enfermer encore plus loin.

Nous faisons collectivement ce que l’on peut pour s’entraider et aider les autres mais parfois on y arrive pas et même il arrive que l’on devienne l’objet de haine ou de paranoïa. Dans ces cas, à notre grand regret, on a recours à l’expulsion pour se protéger.

Koen :  Je comprends le 123 comme un lieu inclusif. Idéalement il y a de la place pour tou.t.e.s, aussi pour des gens et des comportements compris comme asociaux. Dans la vie de tous les jours par contre ce n’est pas toléré et pose problèmes. Parfois des habitant.e.s sont expulsé.e.s de la communauté à cause des problèmes qu’ils et elles causent. L’expulsion a été une de mes premières expériences qui m’a bouleversé le plus. Cependant, comme je l’ai dit juste en haut, ce n’est pas donné de faire suivre les décisions prises selon le protocol commun de la maison, et il arrive que des individus résistent, restent même dans un environnement hostile et se haïssent parfois eux-mêmes. Ils bénéficient d’un soutien d’une source inattendue : l’Etat qui protège leur domicile et empêche un collectif à se débarrasser vite fait des individus « problématiques » que l’Etat a lui-même contribué à marginaliser et exclure…

Khrystyna Gorbachova