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Pop'Sciences - Université de Lyon

LLa bonne humeur de la chèvre

Les chèvres sont à la fois douées d'intelligence, émotives et têtues © Elodie Briefer

Article #5 du dossier Pop’Sciences « Prenons soin du bien-être des animaux »

Pour juger de l’état émotionnel d’un animal, les chercheurs étudient si celui-ci utilise un biais de jugement lors de ses prises de décision. En procédant de la sorte, il est possible de mesurer la capacité de résilience des chèvres après maltraitance.

Un article de Caroline Depecker, journaliste scientifique
pour Pop’Sciences – 4 janvier 2022

 

Dans la vie, il y a ceux qui voient toujours le verre à moitié plein, les optimistes. Et puis ceux qui ont tendance à ne voir que le verre à moitié vide, ce sont les pessimistes. L’humeur positive des premiers leur donne un avantage dans les moments difficiles. En effet, ils savent qu’ils vivront de nouveaux moments de joie par la suite. Ils s’y attendent. Cet état de pensée les aide à mobiliser l’énergie nécessaire pour surmonter les obstacles et à trouver plus facilement des solutions. Leur humeur positive influence leur façon d’agir via ce qu’on appelle un « biais cognitif optimiste ».

Les animaux agissent différemment selon l’humeur qui les habite

Les animaux sont des êtres vivants intelligents. Ils utilisent des processus cognitifs pour résoudre des problèmes, prendre des décisions ou mémoriser des événements.

« Nous avons de plus en plus d’exemples qui montrent que les animaux, eux aussi, agissent différemment selon l’humeur qui les habite, témoigne Élodie Briefer, professeure à l’université de Copenhague et spécialiste du bien-être animal. Observer s’ils utilisent un biais de jugement optimiste, ou plutôt pessimiste, est un bon moyen d’avoir accès à leur état émotionnel, respectivement positif ou négatif. Et ainsi de mesurer leur bien-être ».

En 2013, dans une étude réalisée pour la première fois sur des animaux recueillis en refuge, cette biologiste d’origine suisse s’est penchée sur la santé mentale des chèvres, des mammifères à qui elles a consacré de nombreuses années d’observation. C’est un fait connu, le stress chronique est une cause importante d’altération de l’humeur. Dans quelle mesure, les caprins qu’elles avaient sous les yeux s’étaient-ils remis des mauvais traitements subis, pour certains, si longtemps ?

© Brian Squibb

Des chèvres plus ou moins rapides pour chercher leur nourriture

Pour le savoir, Élodie Briefer a utilisé un test de biais de jugement spatial. Elle a appris tout d’abord à une vingtaine de chèvres à distinguer deux endroits : l’un comportant de la nourriture et l’autre en étant dépourvu. Son groupe était constitué pour moitié par des chèvres domestiques ayant été maltraitées pendant plus de deux ans avant leur arrivée au sanctuaire (manque d’espace, attache constante, blessures non soignées ou manque d’abri) et, pour une autre moitié, par des caprins ayant été toujours bien traités. Cela faisait plusieurs années par ailleurs que ces bêtes vivaient au refuge.

La biologiste a patiemment mesuré la vitesse de déplacement de chacun des mammifères pour atteindre les endroits récompensés – ou non – sans noter de différence flagrante entre les sous-groupes. Puis, la chercheuse a confronté les animaux à une nouvelle tâche : aller à la recherche de nourriture en progressant dans des emplacements « ambigus », c’est-à-dire situés entre les espaces précédemment reconnus. Si la chèvre hésite, se déplace plus lentement que d’habitude pour réaliser son exploration, elle est qualifiée de pessimiste. Dans le cas contraire, son humeur est jugée optimiste.

Une humeur anxieuse en lien avec la souffrance passée ?

« Nous nous attendions à observer des biais de jugement pessimistes parmi les chèvres ayant subi de la maltraitance », relate Élodie Briefer. Un signe qui aurait été associé à une humeur « anxieuse », voire « dépressive » en lien avec la souffrance passée. « Or, non seulement cela n’a pas été le cas, mais de façon plus surprenante encore, ce sont les femelles anciennement maltraitées qui se sont avérées être les caprins les plus optimistes ! »

Des résultats contre-intuitifs similaires ont été constatés chez les moutons, par Alain Boissy, directeur de recherche à l’INRA de Clermont-Ferrand. Ce chercheur les a interprétés comme l’expression d’un soulagement chez l’animal, celui du stress dorénavant évacué (« release  from stress »). Au-delà de leur caractère inattendu, ces observations soulignent un point important : les animaux ont, comme nous, une grande capacité de résilience, caprins et ovins notamment. Elles témoignent encore du rôle essentiel joué par les refuges pour aider les bêtes à recouvrer leur bien-être.

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