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Pop'Sciences - Université de Lyon

LLes chevaux à l’écoute de leurs émotions

© Wolfgang Claussen_Pixabay

Article #6 du dossier Pop’Sciences « Prenons soin du bien-être des animaux »

Les vocalisations des animaux véhiculent des informations sur leur état de bien-être. Des expériences menées chez les chevaux laissent présager que les équidés éprouvent de la contagion émotionnelle, voire de l’empathie.

Un article de Caroline Depecker, journaliste scientifique
pour Pop’Sciences – 4 janvier 2022

Savoir exprimer ses émotions. Percevoir celles de l’autre. Ces compétences individuelles sont capitales dans nos relations humaines. Il en est de même chez tous les animaux. En effet, l’expression des émotions informe les individus sur l’intention probable des comportements d’autrui. De la sorte, elle régule les interactions sociales. Si le langage des animaux n’est pas le nôtre, pour autant ils chantent, ils vocalisent. Et par ce biais, ils communiquent leurs émotions à leurs pairs.

Professeure à l’université de Copenhague, Élodie Briefer, est spécialiste en communication animale. Elle associe ce champ d’étude aux problématiques du bien-être chez l’animal. Lors de différents travaux, elle a décrypté comment le cri du cheval pouvait transmettre une émotion.

Mesurer l’émotion du cheval à travers ses hennissements

« Le hennissement est un cri de contact. Un peu comme si l’animal disait : « je suis là » », commente Élodie Briefer. Selon que le cheval s’approche de ses congénères, ou qu’il s’en éloigne, le cri est toutefois légèrement différent. Ceux qui vivent avec les équidés perçoivent d’ailleurs cette petite différence juste à l’oreille. Le cheval est un animal grégaire, aussi « lorsqu’on le sépare de ses compagnons, il vit une situation émotionnelle négative, affirme Élodie Briefer. A contrario, lorsqu’il retrouve ses congénères, l’émotion vécue est positive. Lors d’une étude réalisée en 2015, nous avons vérifié que cette valence émotionnelle était bien codée dans les hennissements ».

Un cheval hennit dans son box / © Élodie Briefer

Pour mener à bien cette recherche, Élodie Briefer et son équipe ont enregistré les vocalisations de chevaux domestiques placés dans deux types de conditions : soit en les séparant de leurs semblables (un seul individu extrait à la fois ou bien tous ensemble), soit en les réunissant (même procédé que pour la séparation). Pendant les enregistrements, afin de valider la valence des situations vécues, respectivement négative ou positive, les scientifiques ont mesuré les battements cardiaques des équidés et observé leurs comportements.

Les vocalisations émises par les animaux correspondent à des sons, c’est-à-dire à des ondes acoustiques dont il est possible d’extraire les principaux paramètres physiques. Après analyse des bandes sons, la chercheuse a précisé comment les fréquences sonores mises en jeu lors du hennissement, ainsi que la durée de ce cri, codaient l’information de valence émotionnelle. Leurs valeurs évoluent selon que l’animal est dans un état de bien-être ou de mal-être.

La contagion émotionnelle, prémices de l’empathie animale

Le cheval modifie son attitude à l’écoute des hennissements / © Élodie Briefer

« Dans un second temps, nous avons voulu savoir si les chevaux étaient capables de ressentir l’émotion de leurs congénères, ajoute E. Briefer. Lorsque c’est le cas, on dit que l’animal est sujet à la contagion émotionnelle, une capacité qui est une forme primaire d’empathie ».

En 2018, lors de nouvelles expériences, la biologiste et les chercheurs de son équipe se sont intéressés à des équidés évoluant dans des conditions paisibles : soit libres dans leur milieu naturel, soit tranquilles dans leur box. Ils leur ont fait écouter les cris anciennement enregistrés, à savoir des hennissements à valence émotionnelle positive ou bien négative. Et ils ont observé comment les animaux réagissaient à l’écoute de ces signaux.

« Les chevaux pouvaient lever la tête ou la baisser, modifier la position des oreilles ou de leur corps plus généralement. Tout cela de façon plus ou moins rapide, explique l’éthologue. En les observant, il était clair qu’ils faisaient très nettement la différence entre les émotions positives contenues dans les hennissements et celles qui étaient négatives ». Pour autant, les chevaux étaient-ils affectés par ce qu’ils entendaient ? L’émotion négative perçue chez le congénère stressait-elle l’animal ?

Élodie Briefer est plus circonspecte. « On ne peut l’affirmer, car les indices récoltés pendant l’étude étaient trop minces à ce sujet. Mais ce qui est certain, c’est que les chevaux sont sensibles au contenu émotionnel de leur environnement, notamment celui véhiculé par la voix humaine ». L’Homme, par ses mots, peut donc fortement conditionner le bien-être de l’animal.

Le comportement altruiste des rats

Pour les scientifiques, la contagion émotionnelle est vraisemblablement très répandue dans le règne animal. Elle a été démontrée chez les mammifères comme le chien, le cochon, la vache, la souris ou encore le singe bonobo. Et bien sûr chez l’Homme. Premier stade de l’empathie, elle est à la base de l’altruisme, ce comportement qui pousse un individu à venir en aide à l’un de ses semblables en situation de difficulté ou de souffrance.

En 2011, une équipe de chercheurs de l’université de Chicago a montré que des rats, sensibles aux cris de détresse d’un compagnon emprisonné, mettaient tout en œuvre pour le libérer afin, semble-t-il, de soulager leur propre stress naissant. Une première chez les animaux non-primates qui suggère que le partage et l’aide ne sont pas que des événements culturels, mais feraient partie aussi de notre héritage biologique. De quoi renouveler notre regard sur l’humanité et sur la nature des liens que nous entretenons avec les animaux.

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