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EN SAVOIR PLUS

Le Banquet | Art contemporain et temps de l’histoire

LLe Banquet | Art contemporain et temps de l’histoire

L’unité de recherche Art contemporain et temps de l’histoire expérimente un nouveau format de rencontre : Le Banquet.

Le colloque Contradiction, antagonisme et négativité, tenu à l’Ensba Lyon – École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon,  en mars 2022, se proposait d’explorer des stratégies et des pratiques culturelles contemporaines qui semblent réagir à la condition “post-historique” en mettant au travail la répétition, l’altérité radicale ou le négatif de la négativité. L’unité de recherche a travaillé en particulier sur la stase, le gag ou la suspension, formes qui peuvent apparaître dans les luttes sociales contemporaines comme des sortes d’antagonisme raté, une amnésie, ou pire, un renoncement à la lutte. Le colloque a proposé d’analyser ces formes présentes dans les stratégies artistiques contemporaines, comme une autre modalité d’antagonisme négatif, suggérant qu’il s’agit bien d’autres forces vitales, toutes dirigées à défendre l’exigence d’une autre forme de vie.

En raison du début de la guerre en Ukraine, il s’est avéré impossible d’inviter Oxana Timofeeva pour discuter avec elle de son livre The History of Animals : A Philosophy. Cette absence a développé au sein de l’unité de recherche, et grâce aussi aux travaux de Yann Annicchiarico et Michala Julinyova, une discussion sur la présence de l’animal comme limite et mise en suspens de la perception. L’unité de recherche se propose de développer ces thématiques lors de 3 banquets. Il s’agit d’organiser la pensée et la prise de parole en fonction des plats qui sont partagés.

Le premier invité, l’artiste albanais Lek M. Gjeloshi, le lundi 21 novembre, discutera de son installation Dans la fresque de la crucifixion de Visoki Decani, il n’y a pas d’OVNI, présentée cet été à Manifesta à Pristina, autour d’une entrée composée d’une demi-betterave posée sur une tranche de fourme de Montbrison et d’une noix nichée en son centre. Une discussion générale sur la négativité et la position de l’animal s’engagera autour du tableau de Brueghel Le Pays de Cocagne qui dépeint un pays idéal de gloutonnerie où les cochons viennent un couteau déjà dans leur peau pour servir leur lard. Le plat principal autour de cette discussion ne pourrait être qu’une porchetta entière à couper sur table. En guise de dessert, Yann Annicchiarico introduira la question des seuils entre les mondes tels qu’ils interviennent lorsque le Dodécaèdre de Platon rencontre des traces de papillons de nuit attirés par sa lumière. Le dessert sera une coquille d’œuf intacte remplie d’une crème anglaise déposée dans un blanc d’œuf monté en neige. La grappa qui clôturera le banquet sera alors également servie dans ces coquilles d’œufs.

Le banquet et les discussions sont introduites par Lucas Zambon et ses Réflexions agricoles avec Jean Giono : L’abondance, le blé et les chars d’assaut. La parole est distribuée par l’endimanché Maxime Juin, qui nous lit en fin de repas sa nouvelle La Sentinelle ou Les aventures extraordinaires de Jackson.

Pour en savoir plus :

Le Banquet

Semaine du développement humain durable : projection-débat sur le rapport au vivant

SSemaine du développement humain durable : projection-débat sur le rapport au vivant

A l’occasion de la semaine du Développement Humain Durable, la ville de Vénissieux met à l’honneur les acteurs du territoire. Une multitude d’évènements sur la thématique du développement durable sont organisés du 19 au 23 septembre, dont une projection du film Animal de Cyril Dion.

Cette projection sera suivie d’un temps d’échanges avec des chercheurs de l’Université de Lyon, sur la thématique liée à la protection et au rapport au vivant, au monde animal, à la biodiversité.

Intervenants :

  • Sara Puijalon du Laboratoire d’Écologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés – LEHNA
  • Frédéric Brunet de l’Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon – IGFL
  • Vincent Daubin et Patricia Gibert du Laboratoire Biométrie, Biologie Évolutive – LBBE

Pour en savoir plus et découvrir la programmation de la semaine :

Semaine du développement humain durable

Prenons soin du bien-être des animaux | Un dossier Pop’Sciences

PPrenons soin du bien-être des animaux | Un dossier Pop’Sciences

Pour son dossier consacré au bien-être animal, Pop’Sciences est allé à la rencontre des scientifiques de la région Lyon Saint-Étienne qui consacrent leurs travaux de recherche à ce sujet. Découvrez-en les principaux sujets dans le sommaire ci-dessous !

2022 s’ouvre sous les meilleurs auspices. A partir de cette année, le broyage des poussins mâles ainsi que la castration à vif des porcelets sont deux pratiques interdites.  La co-présidente du parti animaliste se présente à l’élection présidentielle d’avril, c’est dire si la condition animale est une question prégnante dans la société.

La notion de bien-être animal est ancienne. Elle apparaît vers 1830 dans les écrits de Louis Furcy Grognier, professeur à l’école vétérinaire de Lyon. Se promenant dans les monts alentour, ce spécialiste du soin animal observait alors les pratiques nouvelles des paysans, forçant leurs vaches polyvalentes à devenir des vaches laitières. Après avoir été oublié, le bien-être animal revient sur le devant de la scène dans les années 1960, à l’occasion de la montée en puissance du modèle de production de viande industrielle.

ÉÉcoutez les chercheurs…

Définir le BEA

Dans un podcast, chaussons les lunettes de l’animal pour comprendre ce que veut dire la notion de bien-être au regard de ses émotions. En étudiant le comportement animal, un éthologue explique comment on peut détecter la peur du mouton…mais aussi l’état amoureux du poisson.

 

 

 

Bienveillance et Société

Dans un second podcast, un sociologue raconte comment le bien-être animal s’est imposé au siècle dernier, profitant d’un courant plus large de bienveillance porté par des associations désirant défendre l’animal pour ses droits et ses intérêts.

 

 

PPrenez le temps de lire !

Vous sentez votre animal stressé ? Avez-vous pensé à respecter ses 5 libertés ? Certains comportements sont associés facilement à de la souffrance, il s’agit de les décrypter.
Comme les humains, les animaux sont résilients. Après avoir été maltraités, ils cultivent l’optimisme, les chèvres en particulier. Les chevaux quant à eux communiquent leur bien-être, à travers leurs hennissements.

Dans un reportage photo au zoo de Lyon, revisitons l’histoire de ces institutions dédiées aux spectacles d’animaux qui doivent aujourd’hui se réinventer.

Enfin, nous faisons le point sur la prise en compte de la sensibilité animale dans l’élevage. Où en est-on dans les pratiques dédiées aux bovins ? Alors que l’arrêt de la consommation de viande n’est pas pour tout de suite.

> Accédez aux articles en cliquant sur chaque vignette :

Les 5 Libertés

Le mal-être des animaux captifs

 

La chèvre joyeuse

Communiquer les émotions

 

Les zoos

L’élevage en question

Merci à tous les scientifiques qui nous ont donné de leur temps :

  • François-Xavier Dechaume-Moncharmont, professeur en comportement animal au LEHNA, (CNRS, Université Claude Bernard Lyon 1)
  • Jérôme Michalon, enseignant chercheur en sociologie au laboratoire Triangle (CNRS, Université Lumière Lyon 2 – ENS de Lyon – UJM de Saint-Étienne)
  • Nicolas Mathevon, professeur de bioacoustique à l’ENES (CNRS, INSERM, UJM de Saint-Étienne)
  • Élodie Floriane Mandel-Briefer, chercheuse en communication et bien-être animal, professeure à l’Université de Copenhague
  • Éric Baratay, historien, professeur à l’Université Jean Moulin Lyon 3
  • Luc Mounier, responsable de la chaire bien-être animal de VetAgro Sup
  • Sébastien Gardon, inspecteur de santé publique vétérinaire à VetAgro Sup

Un dossier rédigé par : Caroline Depecker, journaliste scientifique – Pôle éditorial Pop’Sciences.

Le bien-être animal est une construction de la société

LLe bien-être animal est une construction de la société

Article #2 du dossier Pop’Sciences « Prenons soin du bien-être des animaux »

La notion de bien-être animal naît dans les années 1960 en réaction au modèle agricole productiviste. Comment peut-on concilier les 2 ?

Cette question émerge dans un courant plus général de bienveillance sociétale vis-à-vis de nos amis les bêtes, depuis le 19e siècle. L’animal objet devient ainsi une personne qui sait prendre soin de nous et qu’il faut défendre, car il a des droits et des intérêts.

Les explications de : Jérôme Michalon, enseignant chercheur en sociologie et spécialiste de la relation humain-animal au Laboratoire Triangle (ENS de Lyon, Université Jean Monnet de Saint-Étienne)

 

Une interview réalisée par Caroline Depecker, journaliste scientifique
pour Pop’Sciences – Déc. 2021

PPour aller plus loin

 

Bouc émissaire ou animal-personne ? Le regard sur l’animal évolue, les zoos aussi.

BBouc émissaire ou animal-personne ? Le regard sur l’animal évolue, les zoos aussi.

Article #7 du dossier Pop’Sciences « Prenons soin du bien-être des animaux »

Découvrir le zoo du parc de la Tête d’Or, en plein cœur de Lyon, est une proposition insolite. C’est remonter l’histoire de ces institutions spécialisées dans le spectacle des animaux et qui ont su, bon gré mal gré, s’adapter aux évolutions de la société. Professeur d’histoire à l’Université Jean Moulin Lyon 3 et spécialiste des relations entre l’homme et l’animal, Eric Baratay nous apporte ses éclairages lors d’une visite au zoo.

Un article de Caroline Depecker, journaliste scientifique
pour Pop’Sciences – 4 janvier 2022

 

Mercredi 24 novembre 2021, 15h50. Il fait froid à Lyon. Le Soleil darde de maigres rayons. Depuis la porte principale du parc de la Tête d’Or, après avoir longé l’enclos des daims et la place de Guignol, je trouve le zoo. Je l’aborde par la plaine africaine, à son extrémité ouest. Deux girafes m’y attendent. J’ai peu de temps pour les observer : dodelinant de la tête, elles se mettent en marche rapide pour rejoindre à grandes enjambées souples – elles pratiquent l’amble – la giraferie qui leur sert de refuge.

Je me dirige vers l’entrée du zoo, plus à l’est. Après quelques pas, j’arrive à la fameuse « cage à ours », un vestige du passé. Deux panonceaux retracent l’histoire du lieu où je suis et ses intentions premières. « L’évolution du Zoo de Lyon est étroitement liée à celle de la société », peut-on lire. « Sa création, en 1858, fait suite à de grands bouleversements […]. C’est une période d’urbanisation hygiéniste accompagnée d’une volonté de distraire le peuple avec des animaux acclimatés. »

Divertir la population grâce aux spectacles de bêtes mises en scène remonte aux premiers temps de l’Antiquité. La création du zoo du parc de la Tête d’or s’inscrit logiquement dans cette lignée.

Dans sa cage, l’ours doit « se soumettre ou disparaître »

La girafe rentre dans son bâtiment / © Caroline Depecker

Mais pas que. Le panneau nous apprend que le jardin zoologique rejoue un événement majeur de l’époque : la conquête du monde par l’Occident. Les nouveaux territoires colonisés pourvoient ainsi l’Institution en espèces exotiques.

Celle-ci s’arroge encore d’un rôle d’éducateur, en instruisant à la nature toutes les classes sociales. Les animaux sont exposés dans des cages exiguës faisant office de présentoir, non d’habitat. Ils ont le statut d’éléments de collection, bien disposés, bien classés.

« Au 19e siècle, l’animal sauvage était astreint à un seul mot d’ordre : se soumettre ou disparaître ! relate Eric Baratay, professeur d’histoire à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Soit il laisse la civilisation le dominer – l’Occident représentant cette dernière – et cède à la domestication. Soit il est exterminé ». Au siècle suivant, les mentalités évoluent toutefois. De la part du public, les critiques affluent, exigeant que cessent ces conditions de détention dans lesquelles l’animal ne peut ni bouger, ni exprimer ses comportements. Le spécialiste en histoire animale complète : « Dans les archives des zoos, dont celui du parc de la Tête d’or, on voit alors fleurir des écrits – émanant souvent de la Bourgeoisie, car ces gens savent lire et écrire – exprimant l’indignation et le refus de cautionner le mal-être animal ainsi exhibé. »

Même s’ils ne le proclament pas, les directeurs de zoos sont sensibles à cette pression croissante de l’opinion publique qui, avec les Trente Glorieuses, se diffuse bien au-delà des seules associations de protection animale et engage dorénavant l’ensemble de la classe moyenne « Au 20e siècle, nous vivons un point de basculement historique, précise Eric Baratay. La population de masse devient le moteur essentiel de l’évolution du zoo qui doit s’adapter à ses requêtes ».

Derrière sa vitre, le capucin fixe le boxer du regard et se met à crier

Voir un ours tourner en rond dans sa cage, ou errant dans son enclos, n’est plus tolérable. A Lyon, le zoo qui a accueilli jusqu’à trois ours dans ses espaces, n’en contient plus. Âgé de 26 ans, le dernier ursidé -un ours à lunettes est décédé en novembre 2018 d’un cancer du foie et du pancréas. Un jeune cerf huppé, ou élaphode, avait alors pris sa place. Lors de l’annonce de l’événement, passé quasi inaperçu, la direction du zoo a affirmé être consciente du peu d’espace offert à ces mammifères, ainsi que sa volonté « d’arrêter de présenter des animaux grand format » pour répondre aux inquiétudes du public.

Laissant la cage aux ours et ses barreaux de fer forgé, je m’avance à l’entrée du zoo. Cinquième vague du Covid oblige, sur le sol, des couloirs sont marqués à la peinture bleue, ou rouge et précisent le sens de visite pour éviter les contacts entre individus. Une précaution qui semble superflue au vu du peu de monde croisé. J’arrive rapidement au bâtiment des primates. Disposées en cercle, plusieurs cages de verre, plutôt spacieuses, me donnent la possibilité d’observer les singes.

Derrière une vitrine, je distingue un capucin à poitrine jaune. Avec une agilité déconcertante, mais normale pour l’animal, le singe arpente à toute vitesse une branche située en hauteur, près du mur de la nurserie.

Un capucin jaune observe l’extérieur de sa cage de verre. / © Caroline Depecker

Il court de son extrémité droite à celle de gauche, et inversement. Il enchaîne de nouveau. Et encore. Le singe se livre à ces allers-retours pendant plusieurs minutes. Je m’interroge sur le sens de ce comportement. S’amuse-t-il ?  Il est seul. Trompe-t-il son ennui ou un stress quelconque ? A ma gauche, un mètre en retrait de la cage, un couple promène son boxer tenu en laisse, puis s’arrête.
C’est alors que le capucin bondit et se retrouve, en quelques sauts, le nez derrière la vitrine. Je réalise alors que j’avais presque oublié la présence de la paroi de verre, tant elle faisait peu obstacle à ma vision. Là-haut, le singe montre les crocs et crie à l’adresse du chien. Le molosse, impassible, observe le primate puis tend un regard vers ses propriétaires. Après avoir ri de l’échange animal, le couple, quelque peu gêné toutefois, s’éloigne. Le calme revient doucement dans la cage. Mon attention se tourne vers le bas : deux nouveaux capucins ont fait leur apparition. L’un d’eux fouille les écorces et les débris de bois qui tapissent le sol. Il ramasse un objet et le porte à sa bouche. De la nourriture ?

Théâtraliser les cages, c’est suggérer la semi-liberté

Je quitte le bâtiment des primates et poursuit ma visite. Je passe devant la porte de sortie de la forêt d’Asie, dont l’accès est fermé à cette heure. Le nouvel aménagement a été inauguré le 5 juillet 2021 par Grégory Doucet, le maire de Lyon, pour qui cette date est un jalon important de « l’engagement désormais prioritaire du zoo envers le bien-être animal ».

Pour sortir de l’image du « zoo prison » dont on les accuse, « les établissements zoologiques innovent dès le début du 20e siècle et adoptent une nouvelle fiction théâtrale avec pour objectif de donner au public l’impression que les animaux évoluent en semi-liberté », explique Eric Baratay dans le livre Révolutions Animales. Le zoo de Stellingen (Allemagne), créé en 1907, est pionnier du genre : on y creuse des fossés pour supprimer les barreaux, on naturalise les espaces avec des végétaux, on agrandit visuellement avec des rochers en béton.

« Plus tard, vers 1960-70, apparaissent les premiers parcs zoologiques. Avec leurs grands enclos dans lesquels on pénètre, le public accède à l’un de ses souhaits : aller à la rencontre de l’animal pour le voir vivre dans la nature » et lui témoigner ainsi respect et amitié. Ils s’appellent La Palmyre, Peaugres ou encore Beauval. Ces parcs zoologiques s’étendent sur plusieurs dizaines d’hectares et permettent d’explorer de vastes espaces mimant les milieux naturels des bêtes (exemple de plaine africaine). Parmi les attractions proposées, on assiste encore à des spectacles d’animaux domptés (vols d’oiseaux, otaries). Privés pour la plupart, les parcs animaliers connaissent immédiatement un franc succès. Les anciens zoos, créés souvent avec peu de moyens, sont contraints de s’adapter.

« Il aurait fallu être révolutionnaire et évacuer 80% des espèces »

Les 4 gibbons à favoris blancs dans la nouvelle volière de la forêt d’Asie. / ©VetAgroSup

A Lyon, la forêt d’Asie occupe l’ancien bâtiment des éléphants. Il y règne un climat tropical. Budgétisé à 4 760 000 euros, elle s’étend sur 4000 m2 (soit 0,4 hectare) et abrite 80 animaux représentant 20 espèces menacées. 11 d’entre elles, déjà présentes sur le zoo, ont été placées là afin d’expérimenter de meilleures conditions de vie. C’est le cas des gibbons à favoris blancs dont un suivi scientifique a été confié à la Chaire bien-être animal de VetAgroSup. Dans ce cadre, un travail de thèse a été engagé afin d’évaluer l’impact de ce changement de lieu de vie sur les singes et d’apprécier l’utilisation effective qu’ils feront de leur nouvel habitat.

Dans cette volière flambant neuve (1770 m2 sur 8 m de haut), adopteront-ils de nouveaux comportements ? Délaisseront-ils leurs habitudes « anormales » qui témoignaient précédemment de leur mal-être ? Parmi les 4 gibbons en question, lesquels rentreront en interaction avec les deux élaphodes, transférés eux-aussi au même endroit ? Pour répondre à ces questions, la jeune vétérinaire Charlotte Langlois a commencé ses observations au printemps 2021. La publication de ses résultats devrait avoir lieu courant de l’année.

La naissance de la forêt d’Asie s’inscrit dans le cadre du deuxième programme de rénovation que connaît le zoo du parc de la Tête d’or depuis sa création. Elle se situe dans la même lignée que la création de la plaine d’Afrique par l’ex maire de Lyon, Gérard Collomb, en 2006.  A l’évocation de la nouvelle installation, Eric Baratay soupire : « Cet aménagement correspond à l’élan des années 1960-70… La première phase de rénovation, elle, était celle des années 1960-80, et correspondait au modèle de Stellingen du début 20e. Comme chaque fois, à Lyon, les aménagements ont un demi-siècle de retard ! »

Pour l’historien, l’explication de ce constat réside dans le caractère public de l’établissement lyonnais. Si elle a des idées, la Direction vétérinaire du zoo dépend avant tout de l’administration locale et de l’extrême lenteur des processus politiques décisionnaires quant à leur application. Et d’un budget restreint. « Lorsque la savane africaine a émergé, il aurait fallu être d’emblée révolutionnaire ! Évacuer près de 80% des espèces et se concentrer uniquement sur celles restantes pour leur offrir un espace beaucoup plus important que cette superficie ridicule. Au lieu de cela, on a choisi la demi-mesure. Le résultat est décevant… déjà dépassé ».

Fermer un zoo nécessite de se débarrasser de ses pensionnaires

Alors que je reprends mon incursion au zoo, je laisse sur ma droite l’enclos vide du Lion Jasrai. Je pensais l’animal endormi dans la petite grotte située quelques mètres derrière la fosse remplie d’eau. Mais peut-être se cachait-il, déjà trop affaibli. En effet, une triste coupure de presse m’avertira plus tard que le lion d’Asie, symbole important du parc, est décédé le vendredi 3 décembre. Probablement d’une gastro-entérite. J’arrive à l’enclos de la panthère de l’Amour. Le fauve est majestueux, bien que je ne le voie que de dos. Derrière le feuillage, je distingue à peine les petits cercles de son pelage, ses ocelles, immobiles.

La panthère « de l’Amour » porte le nom d’un fleuve qui traverse la Russie et la Chine. / © Caroline Depecker

La panthère de l’Amour appartient à une espèce en danger critique d’extinction, d’après les critères de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN). La population sauvage actuelle ne dépasserait pas plus de 35 individus. A ce titre, elle est élevée par le zoo de Lyon afin de constituer -avec d’autres instituts zoologiques- un réservoir génétique suffisant permettant, à terme, de réintroduire l’espèce dans le milieu naturel.

A condition d’avoir un lieu d’accueil propice pour cela. L’observation que je fais un peu plus loin des deux crocodiles d’Afrique de l’Ouest, toujours détenus au zoo, témoigne de la réalité du problème. Ces sauriens auraient dû s’envoler pour le Maroc en septembre dernier afin de finir leurs jours dans un oued protégé. Lors de ma visite, j’ai eu la chance de croiser un zootechnicien du parc. A ma question : « Pourquoi les crocodiles sont-ils encore là ? », sa réponse évasive (« c’est plus long que prévu… ») m’a laissé sur ma faim*.

Communiquer sur le devenir du zoo du parc de la Tête d’Or et de ses animaux est un exercice difficile. Avant son élection en 2020, Grégory Doucet s’était prononcé pour sa fermeture, faisant écho ainsi aux associations locales portant ce message. Le faire s’apparente toutefois à un véritable défi. Fermer un zoo signifie en effet se débarrasser de ses pensionnaires. Et donc leur trouver rapidement une place quelque part. Il peut s’agir d’un espace naturel, comme le Maroc, solution ici en suspens et peu fréquente dans la réalité. Le mouvement associatif assure d’ailleurs, qu’en 165 ans d’existence, « le parc zoologique n’a réinséré aucun animal », témoignant ainsi du scepticisme général de la population face au discours de sauvegarde des zoos.

Seconde solution : offrir aux bêtes un autre enclos, plus vaste, comme lors du départ des anciennes éléphantes, Baby et Népal, pour le jardin de la famille Grimaldi en 2013. Trouver un zoo partenaire qui accepte d’accueillir les animaux transférés enfin, c’est continuer à cautionner publiquement la détention animale. L’engagement de la municipalité lyonnaise pour le bien-être animal s’apparente ainsi à une position de compromis, en attendant que les animaux partent les uns après les autres, en catimini.

Des spectacles d’animaux aux animaux spectacles du 21e siècle, clap de fin ? 

Me voici de nouveau à l’entrée du zoo. Ma visite en boucle est terminée et je me pose la question de l’avenir. Comment le zoo du parc de la Tête d’Or pourra-t-il continuer à évoluer ? A ce sujet, Grégory Doucet a annoncé vouloir créer prochainement « une plaine européenne ». Peut-il vraiment rester ouvert, alors que le sort des animaux en cage est devenu un phénomène de société tel, que certains de leurs défenseurs se présente aujourd’hui à la présidentielle ?

Dans Révolutions animales, Eric Baratay souligne comment cette controverse connait un changement majeur depuis 20 ans : « les récents acquis scientifiques, notamment la démonstration du psychisme animal par l’éthologie cognitive, [celle] du stress, de la souffrance par les neurosciences et la physiologie [..] permettent à la critique de mettre ces aspects au premier plan et d’en parler avec un langage [désormais] valorisé ». L’animal glisse plus que jamais du statut d’objet à celui de personne. C’est son point de vue qui compte dorénavant. Une révolution. Il n’est plus tant question de juger les spectacles d’animaux que de questionner l’éthique face aux animaux spectacles.

Se rapprochant encore de nous, l’animal aurait une culture. De nombreux travaux scientifiques avancent qu’il a une conscience. Garder un être intelligent et conscient apparaît choquant. Les derniers mots échangés avec Eric Baratay me reviennent à l’esprit : « Certes, ces savoirs médiatisés rendent les choses bien plus difficiles pour les jardins zoologiques. Mais attention l’histoire n’est pas linéaire !… On a connu des retournements scientifiques par le passé. Une bonne part des découvertes actuelles avait déjà été faite par l’école de Darwin entre les années 1870 et 1910, et on les avait sciemment occultées. Pareil revirement pourrait de nouveau arriver,
qui sait ?
» L’historien de souligner encore le contexte économique fragilisé de nos sociétés européennes actuelles. Un regain de pauvreté, par exemple, pourrait amener la population à reconsidérer ses priorités et donc ses exigences vis-à-vis de la condition animale.

Deux grues cendrées chantent à l’unisson sur le bord de la plaine d’Africaine. / © Caroline Depecker

A ma droite, sur les berges de la plaine africaine, deux grues cendrées crient à l’unisson, leurs cous tendus vers le ciel. Durant leurs migrations, elles le font très régulièrement pour guider le groupe. Leur chant peut s’entendre à plusieurs kilomètres. Un appel à la liberté ?

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Note

* Une demande d’informations a été faite par courriel auprès de la mairie. Elle est restée sans retour.

ppour aller plus loin

  • Duel : les zoos sont-ils utiles ?, Brut, interview (vidéo) de Baptiste Mulot, chef vétérinaire au Zoo de Beauval et de Muriel Arnal, présidente de l’association de défense des animaux One Voice, 26-11-2021.
  • Biographies animales. Des vies retrouvées, Eric Baratay, Seuil, 2017.
  • Croiser les sciences pour lire les animaux, Eric Baratay, Éd. de la Sorbonne, 2020.
  • Révolutions animales, Karine Lou Matignon, Ed.Les liens qui libèrent, 2016.

 

Tenir compte du bien-être animal dans les pratiques d’élevage

TTenir compte du bien-être animal dans les pratiques d’élevage

Article #8 du dossier Pop’Sciences « Prenons soin du bien-être des animaux »

Le modèle de production de viande, hyperproductiviste, a longtemps fait peu cas de la sensibilité animale. Sous la pression de la société qui s’est emparée de la question du bien-être animal, les filières doivent s’adapter. Il est donc question de trouver un terrain d’entente pour faire évoluer les pratiques d’élevage et d’abattage. La chaire Bien-être animal de VetAgro Sup s’y emploie en facilitant les débats et en accompagnant les éleveurs.  

Un article de Caroline Depecker, journaliste scientifique
pour Pop’Sciences – 4 janvier 2022


« On est allé trop loin dans certaines pratiques, c’est indiscutable,
pose d’emblée Luc Mounier. Un exemple ? Historiquement les vaches n’avaient pas les cornes coupées. Mais avec l’industrialisation de l’élevage, la taille des troupeaux et leur densité dans les bâtiments sont devenus plus importants. Les compétitions entre animaux et les risques pour l’éleveur aussi. On a donc écorné les vaches… très souvent sans anesthésique car la douleur animale était peu connue. Fin du 20e siècle, dans les pratiques d’élevage industrielles, on a considéré les animaux plus souvent comme des machines que comme des êtres sensibles ».

Ces mots, prononcés par le responsable de la chaire Bien-être animal (BEA) de VetAgroSup, ne constituent ni une excuse, ni un chef d’accusation mais plutôt un constat. « Heureusement, les connaissances scientifiques évoluent et les prises de conscience se font. La sensibilité animale est mieux prise en compte. »

Un système industriel déconnecté de la sensibilité animale

Luc Mounier le reconnaît, comme d’autres professionnels de la santé animale : le système de production de viande industrielle a pendant longtemps trop peu considéré la dimension sensible des animaux. Lorsqu’après-guerre, les politiques ont imposé aux éleveurs le modèle hyperproductiviste actuel, les protestations se sont rapidement fait entendre. Dans les années 1960, la notion de BEA est apparue en Europe. En 1992, le Farm Animal Welfare Council en a édicté une définition pratique sous forme des « 5 Libertés », dont ne doit pas être privé l’animal. Si elle fait toujours référence à ce jour, son application légale et contraignante pour les éleveurs est encore modeste dans les faits. Elle pourrait prendre davantage d’ampleur à l’avenir, à l’exemple de la filière bovine qui continue de s’améliorer.

Chaque Français consomme en moyenne 50 litres de lait et 25 kg de viande bovine par an. Des quantités en légère baisse ces 5 dernières années (de 1 à 2 %), mais qui restent importantes (1500 tonnes de viande à l’année). Cette consommation est toutefois inférieure à celle de viande porcine et de volailles (2100 tonnes et 1900 tonnes respectivement). Notre cheptel bovin (8 millions vaches) se divise en deux groupes de taille similaire : les races laitières et les races à viande. Les premières passent entre 3 et 4 ans à produire du lait avant de voir leur productivité baisser et d’être menées à l’abattoir. Les secondes ont pour mission de faire naitre et d’allaiter des veaux qui sont destinés à être engraissés et abattus ou servent à renouveler le cheptel. Toutes les deux finissent dans notre assiette.

Certaines pratiques sont source de souffrance

Bien que l’élevage bovin soit le plus souvent respectueux des « 5 Libertés », certaines pratiques problématiques et doivent évoluer. C’est le cas de :
–  l’écornage réalisé sans anesthésie et qui est douloureux pour l’animal. Il est réalisé avec cautérisation thermique ou chimique lorsque les cornes sont à l’état de bourgeons (ébourgeonnage) ;
–  en élevage laitier, la séparation du veau et de la mère dans les heures suivants la mise-bas. Cette séparation est cause de détresse morale chez la vache et le jeune qui expriment des comportements de stress (vocalisations, coups de pattes, etc.) ;
– l’absence pour certains animaux d’accéder au pâturage et l’impossibilité d’exprimer leurs comportements naturels, sociaux notamment. Dans le Grand-Est, par exemple, un quart des vaches laitières seraient maintenues entravées à l’étable (on parle d’élevage à l’attache) toute ou partie de l’année (pendant l’hiver essentiellement). Ces cas concernent avant tout de vieilles exploitations ayant un petit nombre de bovins ;
– le transport des bêtes jusqu’à l’abattoir sur plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres, source de stress divers et de meurtrissures.

 

Lorsqu’elles ne sont pas au pâturage, les vaches sont en stabulation / © Jo-Anne McArthur_Unsplash

Des dénonciations choc et des demandes contradictoires

En 2022, les producteurs de veau laitier bio seront contraints de fournir à leurs animaux un parcours en extérieur. Cette avancée en matière de BEA n’a pas fait l’objet des gros titres comme la fin du broyage des poussins ou de la castration des porcs. « Les pratiques d’élevage, dénoncées par les associations de protection animale, et relayées par les médias, sont surtout des images qui choquent, commente Sébastien Gardon, inspecteur des services de protection vétérinaire et formateur à l’École Nationale des Services Vétérinaires de VetAgro Sup. Leur objectif est de mobiliser l’attention de la population et par ricochet, l’action des pouvoirs publics ».

Si le cadre légal permettant de prendre en compte que le bien-être animal existe, de nombreuses dérogations permettent encore de le contourner, notamment celles concernant le maintien à l’attache. C’est ainsi que de petites exploitations peuvent être labellisés bio tout en pratiquant un élevage assez proche in fine de l’agriculture conventionnelle. Sébastien Gardon complète :

« On constate, de façon générale, que le consommateur connaît assez peu les pratiques d’élevage.Ce qui génère des confusions et des demandes parfois contradictoires. Prenons l’exemple de la grippe aviaire. Ses fortes exigences en matière d’enjeux sanitaires et économiques (éviter la propagation de l’épidémie avec les risques pour la santé animale et humaine, ndlr) sont difficilement conciliables avec le bien-être animal puisqu’il s’agit ici de maintenir les volailles en bâtiment ».

Proposer des solutions pragmatiques ensemble

Consommateurs, éleveurs, abatteurs, défenseurs de la cause animale, scientifiques, vétérinaires, pouvoirs publics… Ces acteurs de la société ont des intérêts qui divergent, ou convergent, au regard du BEA. « Il est question aujourd’hui d’être pragmatique ! affirme Luc Mounier. Nous ne serons pas tous végétariens demain, ni dans les 10 prochaines années, mais nous pouvons nous mettre tous ensemble, autour de la même table, afin de trouver des solutions ».

Créée en 2018 et financée en partie par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, la chaire bien-être animal de VetAgro Sup remplit trois missions : produire et transférer des connaissances scientifiques en matière de BEA, former les différents acteurs – notamment les éleveurs – à ses pratiques et enfin, favoriser les échanges et le dialogue autour de ces dernières.

Les éleveurs se forment pour anesthésier leurs bêtes

Face à la pression sociétale, le système productif évolue. L’ébourgeonnage à vif tend à disparaître. Accompagnées par les vétérinaires, de plus en plus d’éleveurs se forment aujourd’hui pour anesthésier leurs bêtes et leur donner des antalgiques lorsqu’il s’agit de les ébourgeonner. Des recherches sont en cours dans des fermes pilotes du géant laitier Danone, pour diminuer le mal-être occasionné par la séparation de la vache laitière et de son petit.

Grâce à sa croissance rapide, la Prim’Holstein assure 80% de la collecte de lait nationale / © JCotton_Unsplash

Deux pistes sont testées : placer le veau auprès d’une vache-nourrice, qui n’est pas forcément sa mère, mais qui en prendra soin comme sil elle l’était, ou bien laisser le veau plus longtemps avec sa mère après la mise-bas. Dans ces deux cas, le bénéfice en matière de bien-être animal est jaugé au regard de différents indicateurs (comportement, santé…) et également de la production de lait.

Concernant ce dernier critère, notre filière industrielle contraint les vaches à une productivité potentiellement source de mal-être lorsque la bête n’en a pas la capacité physique ou génétique (développement d’inflammation des mamelles, boiterie). Sélectionnées pour leur capacité à haut rendement, les vaches de race Prim’Holstein produisent en moyenne 9000 litres de lait par an et sont à même de supporter cette condition.

Immobilisation et étourdissement,
deux mesures visant la bientraitance

Pour qu’un animal devienne de la viande, il faut le tuer, c’est une évidence. Discuter des problématiques liées à l’élevage lors d’un dîner entre amis est aisé, évoquer les conditions de mise à mort l’est beaucoup moins. Celle-ci se déroule en 3 étapes. L’animal est tout d’abord poussé dans un couloir jusqu’à un box individuel adapté à sa taille. Là, la loi oblige depuis 1964, à ce que l’animal soit étourdi, c’est-à-dire rendu inconscient.

Pour le bovin, cet étourdissement est réalisé par un ouvrier spécialisé qui, en quelques millièmes de seconde, transperce le crâne de la bête à l’aide d’une tige perforante. L’animal n’a pas le temps de souffrir. Ensuite, il est immédiatement accroché en hauteur à une chaîne, pour être saigné. Il est considéré comme mort lorsqu’il s’est vidé entièrement de son sang. L’immobilisation et l’étourdissement sont deux mesures de bientraitance animale : elles visent à limiter le stress et la souffrance de celui-ci lors de sa fin de vie. De sorte à ce qu’elle soit acceptable.

Voilà pour le contexte légal. Sur le terrain, les choses sont plus complexes et dans les usines d’abattage, des dysfonctionnements existent. « Pendant longtemps, la société a fermé les yeux sur ce qui se passait dans ces lieux, note Sébastien Gardon. Heureusement les choses évoluent. Il est important d’ouvrir cette boîte noire ».

Dans les abattoirs, les box d’immobilisation ne jouent pas toujours leur rôle. Éprouvés par le transport, des animaux s’agitent, d’autant plus s’ils entendent leurs collègues meugler à côté. Des cas de mauvais étourdissements conduisant à l’égorgement d’animaux encore conscients ont été reportés. Mal saignées, des vaches reprennent parfois connaissance alors qu’elles arrivent à l’étape de découpe. A la stupeur des ouvriers éreintés par des conditions de travail éprouvantes.

Une politique de petits pas

Les défauts de pratiques, dans les élevages et les abattoirs, sont dénoncés publiquement par les associations telles que L214. Comment peuvent-elles échapper aux mailles du filet réglementaire, qui devrait les sanctionner, et donc à l’œil des inspecteurs de santé publique vétérinaire ?

Sébastien Gardon souligne la position très inconfortable de ces derniers : « Nous représentons l’État, le consommateur et l’éleveur lors des audits de ces établissements privés qui, eux, ont des objectifs avant tout économiques, et sociaux par le maintien des emplois. Faire respecter la réglementation en matière de sécurité alimentaire et de bien-être animal est donc l’enjeu de pressions de tout bord auxquelles nous devons faire face. Faire avancer les choses nécessite du temps et des compromis. Notre politique est celle des petits pas ».

L’inspecteur vétérinaire insiste aussi sur un autre facteur important : le manque de moyens. Les conditions de travail des inspecteurs de santé publique vétérinaire sont peu attractives. Les postes ne sont pas tous pourvus et la profession manque de personnel alors que son action est de plus en plus sollicitée. Le recrutement de salariés aux postes d’abatteurs est tout aussi problématique.

L’abattoir mobile, expérience pilote en Bourgogne depuis 2021

Abattoir mobile en Suède / © Bœuf Éthique_Sättra Gard

Concernant l’abattage, de timides avancées existent. Pour des raisons d’hygiène et de sécurité alimentaire, la loi interdit que les éleveurs abattent eux-mêmes leurs animaux avant d’amener leurs carcasses à la boucherie. Or, de nombreux petits exploitants souhaiteraient pouvoir accompagner leurs bêtes, dont ils ont pris soin pendant leur vie, jusqu’à cette étape finale. Pour répondre à ce souhait, une éleveuse bio de vaches charolaises, Émilie Jeannin, expérimente depuis cet été un abattoir mobile en Bourgogne.

L’idée simple est la suivante : c’est l’abattoir qu’on déplace aux animaux, de ferme en ferme, et non l’inverse. Préservés du transport, les bovins restent dans leur milieu naturel et avec leurs congénères jusqu’au bout, ils sont moins stressés. Amenés par leurs propriétaires, ils sont abattus dignement et d’après Émilie Jeannin, leur viande est plus goutue. Ce projet innovant a mis 5 ans pour émerger. La viande est commercialisée sous le label « Bœuf éthique ».

Pour ce qui est des 250 abattoirs répartis sur l’Hexagone, une personne référente en matière de BEA est désignée désormais. Elle doit être formée et porter une vigilance accrue sur le transport, l’arrivée des animaux et leurs conditions d’attente. Avec pour objectif une meilleure prise en compte de la protection animale. Dans les locaux, les innovations techniques restent toutefois encore peu nombreuses. Des aménagements sont envisageables, tels ceux proposés par Temple Grandin, professeure de zootechnie dans le Colorado (USA), et qui permettraient de diminuer le stress des animaux moyennant investissements.

Limiter les dérogations à l’abattage sans étourdissement

Mais, d’un point de vue bien-être animal, une amélioration essentielle reste à faire : limiter les dérogations à l’abattage sans étourdissement. En effet, pour être considérées comme apte à la consommation par les autorités religieuses musulmanes et juives, les vaches (comme les chèvres et les moutons) doivent être abattues sans être étourdies. Cette méthode, autorisée par dérogation pour produire de la viande, respectivement halal et kasher, est cause d’une très grande souffrance pour la bête qui se vide de son sang en étant consciente. Ce moment peut durer entre 30 secondes à plusieurs minutes.

Or, une partie de la viande issue de l’abattage rituel se retrouve dans la consommation classique. Et, même si nous ne l’avons pas choisi, nous sommes susceptibles d’en manger. Des nations, comme les Pays-Bas, ont interdit l’abattage rituel sur leur sol. Mais ils ont déplacé le problème en important la viande halal et kasher. « Un levier d’action pourrait être le consommateur, observe Luc Mounier. Un premier pas consisterait à l’informer sur l’origine de la viande qu’il a dans son assiette. Provient-elle d’un abattage avec ou sans étourdissement ?  Le consommateur pourra choisir en connaissance de cause ».

Manger moins de viande, mais de meilleure qualité

Sensibiliser la société sur les bonnes pratiques d’élevage, communiquer davantage est une des missions fortes de la chaire Bien-être animal. Former les acteurs des filières, et tout particulièrement les éleveurs, constitue un autre volet important de ses actions. « Je pense que lorsque le professionnel prend conscience que l’animal dont il s’occupe est un être vivant sensible, il modifie de lui-même ses habitudes pour lui accorder davantage de respect et de bienveillance, continue Luc Mounier. Un changement qui est gagnant-gagnant, car une relation humain-animal apaisée, c’est aussi plus de confort et de satisfaction pour l’éleveur ».

Malmenés par l’agribashing, c’est-à-dire le discours ambiant qui les rend responsables d’une partie des émissions de gaz à effet de serre et d’autres pollutions, en prise avec une réalité économique difficile, les éleveurs – tout comme les agriculteurs – ont une charge de travail et morale importante. A compter de 2022, un décret les oblige à désigner une des personnes de l’exploitation comme référent du bien-être animal et à le former sur le sujet.
Pour que nous puissions manger une viande produite dans de meilleures conditions. Et peut-être faire le choix de la qualité plutôt que de la quantité.

PPour aller plus loin

 

La métaphore du canari

LLa métaphore du canari

Voilà le point de départ de cette histoire… : en suivant les traces de la bestiole, c’est l’Homo sapiens que l’on croise. Et en nous observant bien, on ne sait plus trop qui est l’animal domestiqué dans cette affaire ! Un renversement amusant (mais pas que !).

Un spectacle sans oiseau, mais avec trapéziste.

Mise en scène  de Claire Truche – Nième Compagnie

Durée 1h20

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