Plus vert, plus solidaire, plus durable… Un tourisme responsable est-il possible ?

PPlus vert, plus solidaire, plus durable… Un tourisme responsable est-il possible ?

À l’heure d’une crise du secteur touristique qui bouleverse tous les modèles et toutes les projections, comment voyagerons-nous demain ? Et dans 50 ans ?

Notre invité est Étienne Faugier, historien spécialiste des mobilités et du tourisme, Maître de conférence à l’Université Lumière Lyon 2 et rattaché au Laboratoire d’Études Rurales. L’entretien est animé par Samuel Belaud, rédacteur en chef de Pop’Sciences Mag.

Retrouvez, sous le lecteur, les réponses d’Étienne Faugier aux questions que vous avez posé pendant le live.

Une rencontre coorganisée par le musée des Confluences et Pop’Sciences, enregistrée au cœur de l’exposition « Makay, un refuge en terre malgache ».

Do : Certains pays comptent le tourisme comme une économie parfois « salvatrice » c’est un peu le problème non? car ils s’alignent vers le confort du touriste potentiel et ainsi se tirent une balle dans le pied

En effet, le problème du « tout-tourisme » comme développement territorial constitue une orientation à ne plus privilégier, car lorsque le tourisme n’est pas présent – du fait d’une crise sécuritaire ou sanitaire par exemple – l’économie n’est plus alimentée. Il faut penser les lieux et les activités de façon complémentaire quand c’est possible et limiter la cannibalisation de l’économie par le tourisme.

 

Sophie . Voyager responsable ne peut pas être aussi aider des populations qui n’ont que ça? Je pense aux îles Maldives par exemple ou 80% du PIB est dû au tourisme? La Tunisie , la Grèce dont vous parliez tout à l’heure. Rester en France ne veut pas dire se replier sur nous-même ?

Pour les espaces insulaires comme les Maldives, c’est ambivalent, car cela oblige les populations locales à être davantage dépendantes du continent pour l’approvisionnement (eau, nourriture, électricité…). La gestion des touristes doit être en adéquation avec la capacité de charge d’accueil sous peine de voir des problèmes environnementaux advenir (déchets, pollution). Il faut un subtil équilibre entre population/activités touristiques et population/activités locales.

Il ne s’agit pas nécessairement de se replier sur la France mais réguler nos déplacements intercontinentaux qui mobilisent l’avion. Privilégier des modes doux (train, vélo). Les lieux culturels – musées, cinéma, librairies, etc. – constitue un début d’ouverture vers l’altérité. A nous de faire des choix judicieux et avisés.

 

Joël. N’est-il pas difficile de dire à quelqu’un qui va au Pérou qu’il ne doit pas aller au Macchu Picchu ?

Il y a « voir » et « voir ». Si l’ambition est d’avoir la photo-facebook-instagram-snapchat, la plus-value n’est pas nécessairement forte en termes d’émancipation de l’individu, par contre s’il est question d’appréhender a minima la société péruvienne, cela me semble pertinent. Quoi qu’il en soit, voyager, c’est faire des choix. On peut aller à New York City et ne pas faire la visite de la Statue de la liberté, il y aura certes toujours quelqu’un en rentrant pour vous taper sur les doigts de ne pas être aller la voir.

 

Joseline. En voulant réduire les touristes, ne pénalisez-vous pas les populations, pour qui c’est souvent le seul revenu ?

C’est un risque, mais la transparence concernant le cheminement des fonds touristiques depuis les clients jusqu’aux sociétés locales n’étant pas clairement affichée, peu de gens savent ou se soucient de savoir si l’argent qu’ils dépensent atteint les sociétés visitées. Payer une chaîne d’hôtel dans un pays ne garantit pas que l’argent va à l’économie locale.

 

Cécile. Comment nous, touristes, on peut s’y retrouver pour choisir un projet de tourisme qui serait responsable sur différents points : environnementaux, économiques (retour économique pour les populations locales), rapport à l’autre…

Il existe des associations, des institutions qui promeuvent le tourisme responsable et durable. C’est notamment le cas d’Agir pour un tourisme responsable qui vous informe sur comment être responsable lorsque l’on touriste. Ou www.voyageons-autrement.com qui vous propose des offres de voyage pour un tourisme responsable.

 

Joël. Si tout le monde va où les autres ne vont pas on risque d’avoir de nouveaux lieux surbookés Non ?

Cela prend du temps pour les nouveaux lieux touristiques de devenir « à la mode » et la multiplication des sites touristiques entend répondre à ce sur-tourisme. Certes, la Méditerranée est prise d’assaut l’été, l’hiver les Alpes. Mais certaines personnes se détournent de ces lieux, décalent leurs vacances ou ne partent pas pour partir plus tard, plus loin ailleurs. Il s’agirait davantage de disperser l’activité touristique dans l’espace et le temps, plutôt que de la déplacer.

 

Hélène . Est-ce qu’il existe des recherches faisant le lien entre réduction du temps de travail (expérimentations de la semaine de 20h par exemple en Suède il me semble) et baisse de l’impact touristique ? Dans l’idée qu’une société apaisée où les personnes ont plus de temps au quotidien pour découvrir leur propre territoire aurait moins besoin de courir l’exotisme… (mais c’est peut être capilotracté…)

C’est une question pointue. Je n’ai pas connaissance de travaux sur le sujet. Il est vrai que les pays nordiques sont réputés pour leur qualité de vie. Voyagent-ils moins, je l’ignore. Il serait intéressant de savoir s’il y a un lien de cause à effet.

 

Annie . Peut-on parler de responsabilité lorsque la plupart des voyages nécessite la plupart du temps un moyen de locomotion très polluant ?

Il faut savoir que depuis les années 1970, les entreprises liées au transport se sont engagées dans le développement d’amélioration concernant leur bilan carbone. Plus récemment, on a vu apparaître le flagskam, soit la honte de prendre l’avion quasi à vide. Cela entraîne les compagnies à ajuster leur politique de gestion aérienne. Par ailleurs, les compagnies souhaitent développer le recours à l’électrique lors des déplacements des avions sur le tarmac afin de diminuer leur consommation de kérosène et leur bilan carbone. Il en va de même pour les croisières maritimes où des projets d’utiliser l’énergie solaire et éolienne est réfléchie pour diminuer les gaz à effet de serre. Mais on est loin d’un bilan carbone nul. Donc, c’est à nous que revient la responsabilité de faire du tourisme tout en étant averti de l’empreinte carbone que cela provoque.

Les effets du tourisme sur le récit de la ville. Lyon entre symboles et clichés

LLes effets du tourisme sur le récit de la ville. Lyon entre symboles et clichés

Pour attirer plus de touristes, les villes construisent des récits et se mettent en scène dans des stratégies publicitaires. Elles se saisissent d’images et de symboles pour promettre aux visiteurs une expérience urbaine singulière.

Entretien croisé proposé par Pop’Sciences en collaboration avec le Musée d’histoire de Lyon-Gadagne, enregistré le 5 mars 2021.

Le récit des villes, celui de Lyon particulièrement, est de plus en plus emprunt d’une visée touristique. De Guignol à la Fête des Lumières, en passant par les bouchons ou son nouveau grand stade, l’identité et l’image de la capitale des Gaules, se construisent autour de nombreux symboles et clichés, savamment sélectionnés, entretenus et construits. Les pouvoirs publics s’en saisissent pour dresser des stratégies publicitaires destinées à attirer de nouveaux habitants, de nouvelles entreprises, mais aussi – et donc surtout – des touristes.

Ce marketing territorial et touristique ne s’appuie pas seulement sur des éléments patrimoniaux ou identitaires pré-existants. Il est aussi à l’origine de nouveaux aménagements et de nouvelles organisations urbaines destinés à satisfaire l’expérience touristique de la ville. Comment et pourquoi ces symboles et clichés sont préférés à d’autres pour intégrer le récit « publicitaire » de la ville ? Et en quoi l’industrie touristique a-t-elle bousculé les codes et participé à redessiner le portrait d’une ville comme Lyon ? Deux universitaires décryptent le phénomène de marketing touristique :

  • Isabelle Lefort, géographe, Professeure des universités (Université Lumière Lyon 2, Institut Universitaire de France)
  • Julien Thiburce sémioticien*, chercheur post-doctoral (LabEx ASLAN, Laboratoire ICAR)

Un entretien enregistré au cœur de l’exposition Portraits de Lyon, proposée par Gadagne

* : linguiste, spécialiste de l’étude des signes, des symboles et de leur signification

Les rendez-vous Pop’Sciences d’ici l’été

LLes rendez-vous Pop’Sciences d’ici l’été

PROGRAMMATION FÉVRIER – JUILLET 2021


💬 RENCONTRE-DÉBAT

 Un événement Pop’Sciences en collaboration avec le musée des Confluences

📅 25 février 2021

Plus vert, plus solidaire, plus durable… Un tourisme responsable est-il possible ?

Dialogue avec un historien spécialiste des mobilités et du tourisme, dans le cadre de l’exposition « Makay, un refuge en terre malgache » du musée des Confluences

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📢 ÉVÉNEMENT : CONFÉRENCES, TABLES-RONDES…

 Pop’Sciences : partenaire de la semaine du cerveau

📅 Du 16 au 25 mars 2021

Semaine du Cerveau – 23e édition

« Moi, mon cerveau et les autres » : 11 conférences et tables rondes, gratuites et ouvertes à toutes et tous pour en apprendre plus sur cet organe mystérieux !

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🔘 ENTRETIEN CROISÉ

 Un événement Pop’Sciences en collaboration avec le musée d’histoire de Lyon – Gadagne

📅 18 mars 2021

Les effets du tourisme sur le récit de la ville

Entretien croisé entre deux universitaires lyonnais, au cœur de l’exposition « Portraits de Lyon »  de Gadagne

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📢 ÉVÉNEMENT : RENCONTRES, BALADES URBAINES, EXPOSITION…

Pop’Sciences : partenaire de l’association la Géothèque

📅 9 avril 2021

Nuit de la géographie

Des animations ouvertes et multiformes pour (re)découvrir le temps d’une soirée la géographie sous toutes ses formes !

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👁‍🗨 MAGAZINE

Une publication Pop’Sciences

📅 21 mai 2021 | 15h

Pop’Sciences Mag « Les nouveaux imaginaires du tourisme » 

Parution de Pop’Sciences Mag : 56 pages de découvertes scientifiques

🌐 À feuilleter EN LIGNE ou à commander gratuitement

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📻 RENCONTRES et CONFÉRENCES

Un événement Pop’Sciences

📅 21 mai 2021 | 18h

Tourisme : vers de nouveaux imaginaires

Un événement proposé à l’occasion de la sortie de Pop’Sciences Mag qui invite à imaginer comment le tourisme, ébranlé par la crise du Covid-19, peut se réinventer. Une soirée pour penser le voyage de demain, à hauteur de touriste.

📍 À la Bibliothèque Municipale de la Part-Dieu (à confirmer) Lyon 3e – Sur inscription

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👁‍🗨 DOSSIER THÉMATIQUE : ARTICLE, INTERVIEW ET PODCAST

Une production Pop’Sciences, en collaboration avec le Master Information et Médiation Scientifique et Technique (IMST) de l’Université Claude Bernard Lyon 1

📅 4 juin 2021 | 15h

De la variole à la Covid, les vaccins : entre peurs, espoirs et raison

De la paillasse au blister, comment concevoir un vaccin ? Peut-on garantir sa sécurité ? Que nous réservent les vaccins du futur ? Voici quelques-unes des questions abordées dans notre dossier sur les vaccins, mêlant articles, interviews et podcasts.

🌐 À consulter EN LIGNE

DOSSIER A DECOUVRIR SUR POP’SCIENCES


 

📢  ÉVÉNEMENT : JEUX, EXPOSITIONS, ATELIERS, BALADES URBAINES, CONFÉRENCES

Un événement Pop’Sciences organisé en collaboration avec le département du Rhône, son Musée et site archéologique et Vienne Condrieu Agglomération

📅 9, 10 et 11 juillet 2021

FESTIVAL POP’SCIENCES – 3e édition

Trois jours intenses de rencontres et d’animations : ciné-débat, expositions, balades urbaines, jeux, ateliers, conférences…
Une centaine de rendez-vous pour tous les goûts, autour de toutes les sciences et abordant de nombreux sujets de société : astronomie, histoire, géographie, biologie, intelligence artificielle etc.

📍 Au Musée et site archéologique de Saint-Romain-en-Gal | Dans quelques lieux historiques de la ville de Vienne

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Toute l’année, les scientifiques et experts du territoire, les partenaires du réseau Pop’Sciences proposent de nombreux rendez-vous à Lyon et dans les alentours.

POUR RESTER INFORMÉS :


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Plus vert, plus solidaire, plus durable… Un tourisme responsable est-il possible ?

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À l’heure d’une crise du secteur touristique qui bouleverse tous les modèles et toutes les projections, comment voyagerons-nous demain ? Et dans 50 ans ?

Entretien avec un universitaire lyonnais, au cœur de l’exposition Makay, un refuge en terre malgache, pour nous éclairer sur les pratiques réelles et fantasmées du voyage. Esquissons des scénarios pour réinventer nos manières de découvrir le monde et de nous y déplacer, au regard des nouvelles contraintes sanitaires, environnementales, économiques et sécuritaires qui nous incombent.

Notre invité est Étienne Faugier, historien spécialiste du tourisme, Maître de conférence à l’Université Lumière Lyon 2 et rattaché au Laboratoire d’Études Rurales. L’entretien est animé par Samuel Belaud, rédacteur en chef de Pop’Sciences Mag.

Revivez cette rencontre !

Un évènement co-organisé par : Pop’Sciences et le musée des Confluences

Les cités-produit, ou l’expérience de consommation de la ville

LLes cités-produit, ou l’expérience de consommation de la ville

Les villes ont la propension immédiate à symboliser une porte d’entrée de territoire. C’est-à-dire que leur notoriété historique et géographique, parfois antique, et leurs aménagements de réseaux d’entrée/sortie (ferroviaires, aériennes, et routières), en font des catalyseurs de valeur qui les ont poussés à s’engager depuis quelques décennies dans une démarche de marketing territorial qui, au départ, était d’avantage orientée vers la favorisation des flux touristiques.

20 mai 2019

Isabelle Lefort est professeure de géographie à l’Université Lyon 2, spécialiste des enjeux du tourisme, des loisirs et des patrimoines. Selon elle, le marketing territorial s’entend au sens des « politiques de régénération et d’attractivité urbaines » qui s’adressent directement à nos émotions et cherchent à produire des expériences singulières de la ville.

 

Une compétition mondiale

La mondialisation, entendue ici comme le processus d’accélération des échanges enregistré depuis les années 198O, produit et traduit un double mouvement de standardisation et de singularisation. Standardisation parce que les modalités des échanges, de la circulation des flux, de la normalisation des produits sont constitutives de la fluidité du marché. Singularisation, parce que l’entrée sur ce même marché requiert de déployer des avantages comparatifs (ce « plus » qui fait le propre du produit).

Après avoir historiquement concentré les fonctions de productions et de décisions, les grandes villes capitalisent aujourd’hui aussi sur leurs singularités urbaines (architecture, ambiance, infrastructures culturelles) pour participer d’un vaste système concurrentiel d’attractivités plurielles (installation d’entreprises, augmentation des flux touristiques). Après les produits matériels, les espaces sont devenus partie prenante du processus. Ce passage à la logique de marché et surtout les effets de la néo-libéralisation a certes (re)dessiné des hiérarchies mondiales (les villes-mondes) mais se décline aussi à des échelles moyennes, européenne par exemple, voire nationale.

Ce processus fonctionne en valorisant conjointement deux dimensions, conçues et déployées en système dynamique. La première concerne les relations extérieures des grandes villes, leur permettant de participer des flux de visiteurs et de touristes, ce dernier secteur de service étant particulièrement rémunérateur pour les acteurs économiques et globalement pour les territoires. La seconde participe d’une valorisation de l’installation résidentielle et d’entreprises (attraction de CSP supérieures, de niveau sélectif de services). Évidemment l’une et l’autre concourent à une même stratégie urbaine de développement, conçue selon la boucle vertueuse de leurs interrelations.

Quand le marketing s’applique au territoire

L’expression « marketing territorial » ne constitue pas une métaphore pour penser les mises sur le marché des villes, mais relève bien d’un transfert des pratiques managériales usitées pour les entreprises. Les outils développés par les professionnels de ce marketing montrent assez que les modes d’action déployés pour des produits ou des territoires présentent des similarités à la fois conceptuelles et méthodologiques. Il est ainsi significatif de relever que les (grandes) villes voire les métropoles ont mis en œuvre des politiques de labels (à l’instar des produits agricoles) avant de passer à la « marque » (stratégie de branding).

Les premiers relèvent de nomenclature nationale (en France, quartiers historiques valorisés par les labels de ville et de pays d’art et d’histoire, VPAH) ou internationale (label UNESCO). La labellisation implique l’adoption et le suivi d’un cahier des charges (plan de gestion par exemple) qui peut aisément conduire à reproduire, de façon générique et mimétique, les mêmes modes opératoires. La marque, au contraire, obéit à une logique de revendication de singularité. C’est ainsi qu’après le succès de New York (marque déposée en 1977), de nombreuses villes ont suivi cette trajectoire (Amsterdam, Lyon, Metz), élaborant des logos et mettant en place des campagnes de communications : «I’amsterdam», «Lond-on», «Only Lyon».

Toutefois, au moins deux paramètres y fonctionnent de façon spécifique par rapport au marketing d’entreprise ou institutionnel : pluralité et hétérogénéité statuaire des acteurs (politiques lato sensu et économiques) d’une part et d’autre part, objectifs conjoints de maximisation des profits (retours sur investissements) et territoriaux (création d’emplois, améliorations des situations territoriales). Les acteurs du marketing territorial, généralement initié et piloté par les collectivités territoriales, les chambres de commerce et/ou les représentants de l’Etat, rassemblent donc une pluralité d’instances (comité du tourisme, pôle de compétitivité, agence d’attractivité) ou des regroupements d’acteurs dans le cas du branding (Only Lyon, Hubstart Paris Region, Amsterdam Marketing, etc.). Ainsi à Lyon la marque déposée en 2OO7 combine opérations à destination de la population résidente (Lyon Welcome attitude), la mise en réseau des sites (« City card » et centrale de réservation ou le site « Mon week-end à Lyon »). Les stratégies d’iconi-cité de ce type de marketing sont visualisées par un flagship, figure iconique du territoire (à Lyon passage de Fourvière au Musée des Confluences).

 

L’expérience touristique, pierre angulaire du marketing territorial

Ce marketing territorial vise à recycler les matérialités (architecture, points de vue et paysages urbains) et immatérialités urbaines (réputation, imageries collectives) en « ressources », en travaillant à la fois les aménagements & leurs visibilités. Le secteur touristique, secteur de service fort rémunérateur, s’est ainsi profondément renouvelé dans son enrôlement métropolitain dans le cadre des politiques de régénération et d’attractivité urbaines après les crises industrielles de la fin des Trente Glorieuses. Les villes et métropoles sont ainsi redevenues des destinations touristiques (ce qu’elles étaient aux origines du tourisme), ou bien ont cherché à le devenir. La relation entre tourisme et métropole, dans un contexte de globalisation économique, se sont dès lors intensifiées et diversifiées, participant pleinement d’une stratégie de construction et de valorisation identitaires.

La montée en puissance des city break, ces courts séjours qui se sont développés conjointement au fractionnement des temps de vacances et à la dérèglementation du transport aérien qui en a abaissé les coûts pour les usagers en atteste. Ces espace-temps touristiques en ville (un gros week-end sous la forme d' »escapades en ville », de « week-end coups de cœur » et autres « découvertes capitales ») a d’abord bénéficié aux villes rentières de leur passé touristique (Amsterdam, Paris, Venise) puis a enclenché un processus de mimétisme qui rend compte aujourd’hui d’une offre très large. Les capitales nationales en ont évidemment profité (Berlin, Varsovie, Prague) mais également des villes de second rang dans les réseaux urbains (Turin, Milan, Lyon, Dublin). Cette concurrence fonctionne aujourd’hui comme un levier dont s’emparent des métropoles, voire des agglomérations de moindre taille, pour positionner leurs politiques publiques de développement et d’aménagement et actualiser les projets de patrimonialisation. C’est ainsi que les spécificités architecturales, les histoires et les paysages de la ville sont mobilisés pour produire un (nouveau) discours métropolitain, une forme de récit conçu pour faire circuler des valeurs attractives (reconquête des fronts d’eau, « starchitecture ») : ainsi à Lyon, la geste urbaine a fait appel pour  l’hypercentre historique à J. Nouvel (1993, Opéra), à D. Buren (1994, place des Terreaux) et pour les opérations d’envergues aux péricentres à R. Piano (1985-2007 pour la Cité Internationale) ou le projet Confluence (1998, Coop Himmelb(l)). Mais ce sont également des dispositifs de rénovation multifonctionnels qui y participent comme l’illustre la rénovation de l’Hôtel Dieu à Lyon qui combine offre commerciale, hôtelière de luxe et Cité de la gastronomie.

Sont alors mobilisés et recyclés des structures muséales, selon les normes des standards métropolitains (vague de rénovation des grands musées : Lyon, Berlin et l’Ile aux Musées, Athènes) voire crées de toutes pièces : les musées d’Art contemporain ont largement servi à cette stratégie, dont on espère une réplique du fameux effet Bilbao ou de la Tate Gallery à Liverpool. Mais ce sont également des modalités temporelles qui sont mobilisées : après avoir marchandisé les ressources héritées, c’est l’installation calendaire de moments urbains qui alimente et diversifie l’offre, après que la « tradition » se recycle en offres touristiques (carnaval de Venise ou de Menton, Fête de la Bière à Munich).

L’expérience « fête des lumières » s’exporte à Dubaï

Ainsi de l’événementialisation urbaine (festivals, biennales, capitale européenne de la culture, mais également congrès internationaux) dont l’objectif est d’assurer une actualisation régulière et pérenne. Ainsi à Lyon, Biennale de la danse (1984) et d’art contemporain (1991), Festival Lumière (2009), festival label Soie (2O11) se sont progressivement installés dans l’agenda métropolitain en plus des événements professionnels internationaux (SIRHA, Pollutec, Solutrans) ou artistiques (les Nuits de Fourvière)

Ce faisant, ce sont les pratiques du marketing expérientiel (censé être au plus près des attentes des différents publics cible) et du tourisme expérientiel (faire vivre des expériences singulières, faire éprouver des émotions) qui participent des mises en œuvre (déambulation, dégustation, immersion) pour faire advenir une nouvelle circulation des images et des représentations. La multiplication de ces offres participe d’un brouillage des catégories du tourisme et des loisirs dans la mesure où elles sont susceptibles d’être pratiquées aussi bien par les populations résidentielles que par les visiteurs. De ce point de vue, les mutations urbaines participent d’une transformation culturelle en profondeur du rapport à la ville (le Paris-plage initialement destiné aux parisiens est devenu une attractivité touristique), contribuant à des nouvelles figurations urbaines élaborées autour des paradigmes de la ville culturelle et festive.

Isabelle Lefort

[Pop’Sciences Forum] L’avenir de la nuit en ville

[[Pop’Sciences Forum] L’avenir de la nuit en ville

La nuit n’est pas un désert. Les frontières temporelles du rythme de nos vies s’effacent entre le jour et la nuit ; le bruit et le silence; le travail et le repos ; la civilité et la transgression…

New-York n’est certainement plus la seule ville qui ne dort jamais. D’un côté l’économie mondialisée s’empare de chacune des 24h de nos horloges comme autant d’opportunités de développer un “marché” ; de l’autre nous observons des tensions dans cet espace-temps nocturne, entre ceux qui dorment, ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent et ceux qui souffrent. La nuit en ville est un objet de réflexion encore trop peu abordé, que le numérique vient encore davantage complexifier.  Nous proposons de questionner la nuit comme l’un des chantiers d’action et d’innovation pour nos villes de demain ! Quelle place à la lumière sans pour autant tuer la nuit ? La ville peut-elle et doit-elle continuellement rendre service à ses citoyens ? Quels impacts sur notre environnement et notre santé ? Cohabiter la nuit entre fêtards, travailleurs, vagabonds et dormeurs; un nouvel urbanisme nocturne peut-il apaiser les tensions ? …

PROGRAMME

19H00 | Pop’Cast (émission radio participative)

LA PROMESSE DE JOURS SANS NUITS ? La pollution lumineuse en question

Plein feux sur les étoiles avec ce débat mêlant les aspects juridiques, biologiques et techniques de l’éclairage. Quels sont les effets de la lumière sur nos environnements nocturnes, nos comportements et ceux des animaux ? Faut-il instaurer un droit à la nuit ? Réflexions et débats sur la qualité de nuit, la vie nocturne et les nuisances lumineuses.

  • Invités : Thierry Lengagne, chercheur en biologie animale (Université Claude Bernard Lyon 1, Laboratoire d’Ecologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés); Hélène Foglar consultante (Athena-Lum), Jean-Michel Deleuil, géographe et professeur des universités (INSA de Lyon, laboratoire Triangle)
  • Animation : Samuel Belaud (Université de Lyon)

 

20H30 | Pop’Cast (émission radio participative)

PENSER LA NUIT POUR LA SAUVER. Quelle vie nocturne pour nos villes de demain ?

Culture, tourisme, travail, bruit… les dormeurs cohabitent de plus en plus avec la ville en continu. Cette ville qui, la nuit, change de visage. Ses quartiers se détachent les uns des autres et deviennent très imprégnés d’une ambiance nocturne qui leur est propre : le quartier clubbing, le quartier dortoir, le quartier zonard, le quartier en chantier, le quartier “coupe-gorge”, le quartier des restaurants, le quartier du tourisme “by night” … Quels sont les leviers culturels, économiques et sociaux à activer pour contrevenir à ces tensions entre fêtards, touristes, travailleurs, vagabonds et dormeurs ?

  • Invités : Marie Bonte, géographe et ATER (Université Jean Moulin – Lyon, Laboratoire Environnement, Ville, Société); Emanuele Giordano, chercheur en géographie et aménagement associé au laboratoire LATTS et enseignant à l’École d’Urbanisme de Paris.
  • Animation : en cours de confirmation

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22H00 | Théâtre

HORIZON(S) – Cie les Non Alignés

Dans le clair-obscur d’une nuit urbaine, sous le scintillement diffus des étoiles et de la voie lactée, nous embarquons tous ensemble à bord d’un vaisseau spatial spécialement conçu pour l’exploration des trous noirs, et nous partons à leur découverte et à la rencontre de leurs mystérieuses singularités.

Horizon(S) est un voyage imaginaire et onirique, rigoureusement bâti sur la physique des trous noirs. Mais il ne s’agit que d’une fiction. La vérité, comme d’habitude, sera bien plus étrange…

  • Conception : Jérôme Cochet et Arthur Fourcade, d’après Trous Noirs et Distorsions du Temps (Kip S. Thorne, 1994)
  • Lumières : Nolwenn Delcamp-Risse
  • Durée : 40 min

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En continu | Exposition

CE QUE LES SCIENCES DOIVENT A LA NUIT

À partir d’une sélection de photographies de la nuit sur terre vue depuis l’espace, 3 étudiantes du Master Villes et Environnements Urbains proposent une déambulation à travers les différents champs scientifiques s’intéressant à la nuit. Sociologie, urbanisme, biologie, psychologie, histoire, lettres, sciences politiques … Comment et pourquoi nos chercheurs ont intérêt à se saisir de la nuit comme objet d’étude ? Peut-être afin de mieux la comprendre et de participer à la sauvegarde de cet espace-temps encore “un peu” préservé de la main de l’Homme ?